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Abdoul Karim Meckassoua: ma feuille de route, «réconcilier le peuple, imposer justice»

Par RFI

Abdoul Karim Meckassoua vient d’être élu nouveau président de l’Assemblée nationale centrafricaine. Il est désormais le deuxième homme de l’Etat dans l’ordre protocolaire, après le président de la République, Faustin-Archange Touadéra. Karim Meckassoua, homme de 63 ans, n’est pas un inconnu de la vie politique locale puisqu’il a été plusieurs fois ministre entre 2003 et 2013. Mais il est aussi connu pour être resté dans son quartier natal du PK5 à Bangui, pendant la guerre civile qui a secoué le pays entre 2013 et 2015. Il est un symbole de la réconciliation entre les communautés. Il répond aux questions d’Esteban Galiano.

RFI : Vous avez été élu président de l’Assemblée nationale. Qu’est-ce que vous ressentez ?

Abdoul Karim Meckassoua : Une très grande fierté d’avoir vu le peuple centrafricain à travers ses représentants, concentré, déterminé à tourner définitivement la page de la transition. Et de ce point de vue, ils ont adressé un message très clair de soutien aux nouvelles institutions. Quand je dis nouvelles institutions, c’est-à-dire le président de la République a été élu et bien élu ; l’Assemblée nationale n’avait pas voulu tergiverser. Vous savez, aller en compétition avec Anicet Georges Dologuélé, Martin Zinguélé, Béatrice Epaye, qui est une dame très expérimentée, très intelligente, qui connaît l’Assemblée mieux que nous tous, aller en compétition et arriver largement en tête, c’est une fierté. Et c’est aussi un message, un message où les députés veulent tourner la page, tourner la page de la violence, tourner la page de la xénophobie, tourner la page des évènements graves qui ont terni l’image de la République centrafricaine.

Brièvement en deux mots, quelle est votre feuille de route ?

Ma feuille de route, c’est d’aider d’abord le gouvernement à accomplir sa lourde tâche, qui est celle de réconcilier le peuple, d’imposer une justice, une justice sociale, mais une justice tout court, et de contribuer à une justice sociale – le développement du pays. Nous serons là, vigilants pour accompagner le gouvernement. C’est ça ma feuille de route. Mais vous savez, nous sommes un pays fragile, nous sommes un pays qui a failli connaître la partition. Donc, nous avons besoin de tout le monde pour le rassembler. Nous rassembler d’abord pour reconquérir notre souveraineté nationale. Nous avons besoin de nous rassembler d’abord pour nous regarder en face, nous parler sérieusement et expier nos maux qui sont connus. Mais ça ne suffit pas, il faudra également une justice. Et cette justice, pour que rien ne soit plus comme avant, c’est-à-dire les grands qui spolient les petits, qui détournent, et de ces détournements naissent des frustrations. Et ces frustrations, en s’ancrant définitivement dans le cœur et dans le tissu social, finissent par gangrener et par gêner tous nos pays voisins. Et une de mes responsabilités consiste à développer cette fois-ci, sérieusement, une diplomatie parlementaire pour montrer ce que nous sommes capables de faire pour amener la paix, non seulement en pays centrafricain, mais dans toute la sous-région.

Vous avez dit dans votre discours que vous travaillez pour l’intérêt général, et rien que pour l’intérêt général de la Centrafrique. C’est ce qu’on peut résumer de votre message  ?

C’est exact parce que ce n’était pas évident. Moi qui vis au Kilomètre 5, qui ait tout connu, je dis bien tout connu. On avait parlé à un moment donné d’enclave. J’ai refusé de quitter le Kilomètre 5. Je voudrais faire comprendre qu’il y a une injustice, mais cette injustice touche tout le monde. Il n’y a pas d’enclave. A un moment donné, les gens ont besoin de reconnaissance. J’ai un prénom, Karim, mais tout comme mon collaborateur qui peut s’appeler Jean-Yves, nous sommes des Centrafricains. Nous sommes des Centrafricains avant tout. Et je volerai pour le bien-être des Centrafricains. Et les Centrafricains, ils s’appellent Karim, ils s’appellent Jean-Yves. Il est évident que si vous commencez à jeter l’anathème sur tel ou tel, vous ne travaillez plus pour le pays. Vous travaillez pour un intérêt particulier ou démagogique, ou même carrément vous manipulez pour des objectifs qui nous ont menés dans ce que nous avons connu de pire : le risque de partition. Donc de tout temps, je suis parlementaire aujourd’hui. Je n’ai pas à revenir sur mon passé d’homme de gouvernement, mais j’ai toujours travaillé pour l’intérêt général. Et c’est dans ce sens-là, quand je commence à parler, il n’y a pas d’hésitation. Je suis connu dans ce sens-là.

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