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Invité Afrique
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RCA: «Ceux qui pensent à une 3e transition sont des manipulateurs»

Par Christophe Boisbouvier

En Centrafrique, beaucoup cherchent à comprendre pourquoi plusieurs dizaines de Banguissois sont morts ces cinq derniers jours dans une explosion de violence. En janvier 2014, Karim Meckassoua était l'un des favoris pour présider la transition, mais il a été vaincu au finish par Catherine Samba-Panza. En ligne de Bangui, l'ancien ministre centrafricain des Affaires étrangères (de 2003 a 2005) répond aux questions de Christophe Boisbouvier.

RFI : Quelle leçon tirez-vous de cette explosion de violence dans Bangui ?

Karim Meckassoua : Je dirais un gâchis ! C’est une profonde tristesse ces violences inqualifiables que je condamne, naturellement. Je suis convaincu que ceux qui ont fait ce pari odieux de la violence pour essayer de particulièrement jouer sur l’agenda électoral – parce que c’est de cela qu’il s’agit – ou sur la transition, se trompent.

A l’origine de ces cinq jours de violence il y a le meurtre d’un moto taxi musulman, ce qui a provoqué un cycle de représailles entre communautés chrétiennes et musulmanes. Est-ce que vous pensez que cet assassinat était prémédité ?

J’en suis persuadé ! Il y a plusieurs mois de cela, c’est à peu près le même mode opératoire, on va retrouver un cadavre. A l’époque c’était un cadavre calciné. Dès que c’est le cadavre d’un musulman. On vient jeter cela à la mosquée Ali Baboro. Et certains jeunes excités à la vue de ce corps calciné se sont déchaînés dans la violence. Et cette fois-ci, c’est absolument pareil. Et bien entendu, les esprits faibles, trop faibles, ou excités ou manipulés, s’en sont donnés à cœur joie dans les représailles et contre-représailles.

Pendant ces cinq jours les violences se sont cristallisées autour du Kilomètre 5, le dernier quartier de Bangui où vivent les musulmans. Est-ce qu’il y a chez certains Centrafricains la volonté de chasser la communauté musulmane de Bangui ?

La très grande majorité de chrétiens ne demandent rien d’autre que de cohabiter avec les musulmans. De la même façon, des musulmans qui à moment donné ont dû trouver refuge dans les pays voisins étrangers frères, sont rentrés et ils sont protégés par ces chrétiens là jusqu’au retour dans leurs foyers.

Dans votre communiqué du 28 septembre vous dites que ces violences sont instrumentalisées par des agitateurs extrémistes. A qui vous pensez ?

Depuis début septembre il y avait des manœuvres pour faire succéder la transition à la transition. Il y a des hommes politiques. Il y a ceux qu’on appelle «ceux de Nairobi». Et il faut les nommer : l’ex-président Bozizé et l’ex-président Djotodia. C’est à ceux-là qu’on faisait allusion. Mais il n’y a pas qu’eux qui demandent une troisième transition. Il n’y a pas qu’eux, il y a des textes qui sont sortis en disant : il faut une troisième transition. C’est un leurre ! Cela n’apportera aucune lueur d’espoir aux Centrafricains qui sont dans la souffrance. Donc ceux qui pensent qu’il faut provoquer une troisième transition, ce sont ceux-là que j’accuse comme étant des manipulateurs.

Et vous pensez spécialement à François Bozizé et Michel Djotodia ?

Mais il n’y a pas qu’eux ! Il y a aussi au sein du gouvernement ceux qui sont à la tête de la transition, parfois des manœuvres pour retarder la transition. Et cela finit par énerver les uns et les autres ! Voyez-vous, il y a eu l’enrôlement ces derniers temps. Pour le vote il y a eu un engouement. Il y a des gens qui ont quitté leurs champs. Il y a des gens qui ont laissé leurs commerces pour venir s’inscrire. Et s’inscrire massivement. Alors ceux-là, nous ne devons pas les désespérer. Il faut leur donner la parole. Il faut rendre la parole au peuple. Aller aux élections en temps et en heure voulus.

En janvier 2014, Karim Meckassoua, vous étiez le principal concurrent de Catherine Samba-Panza au poste de président de la Transition. Si vous aviez été désigné à sa place, qu’est-ce que vous auriez fait de différent ?

Vous savez, parler de la réconciliation aux Centrafricains c’est aussi leur dire la vérité. Et dire la vérité, c’est désigner les coupables, désigner les criminels. On ne peut pas accepter l’impunité. C’est très facile de dire au nom de la réconciliation, 'vous êtes tous mes enfants, venez, on va travailler ensemble, du passé on jette un mouchoir ou un drap sur ce qui s’est passé'. Les Centrafricains n’attendaient pas cela. Il faut dire que les Centrafricains en ont marre de l’impunité ! Donc il faut résolument s’armer de courage et dire : 'Les criminels, nous allons les châtier'.

Quand Catherine Samba-Panza promet la présidentielle avant la fin de l’année, vous y croyez ou pas ?

Madame Samba-Panza avait déjà dit dans son adresse à la nation, que tout le monde avait appréciée à l’ouverture du Forum, qu’il y aura des élections au mois d’août. Aujourd’hui pour dire la vérité aux Centrafricains il faudra que Catherine Samba-Panza et le président de l’Autorité Nationale des Elections (ANE), Kombo-Yaya, s’entendent avec le Comité stratégique pour dire : voilà le calendrier, on s’assoie avec le CNT et les leaders. Voilà le calendrier. Là, ce serait crédible ! Mon souhait c’est qu’on aille aux élections. Mais il faut qu’on aille aux élections de façon apaisée.

Et avant cette élection présidentielle faut-il faire tout de suite le désarmement des milices ?

Ça fait deux ans qu’on en parle ! Vous voyez… Le Forum a pris fin début mai et jusqu’à présent aucune recommandation allant vers le désarmement des milices n’a été tentée.

Mais faut-il le faire avant la présidentielle ou pas ?

Qui va le faire ? Seul un gouvernement légitime est à même de prendre des mesures sérieuses, rigoureuses, des mesures politiques fortes ! Quand vous êtes dans la transition et que vous avez peur d’aller même dans les quartiers, alors il vous sera difficile d’envoyer les forces de l’ordre si vous-même en tant que politique vous n’allez pas dans ces quartiers. Voilà pourquoi je dis : il faut nécessairement sortir de cette transition ! Attendre qu’il y ait un désarmement intégral, c’est illusoire !

Il faut aller au vote le plus vite possible ?

Il faut aller au vote le plus vite possible, dans des conditions acceptables. Pas idéales, mais acceptables.

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