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Invité Afrique
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Antoinette Montaigne, ministre de la Communication en Centrafrique

Par Laurent Correau

« C’était une décision attendue avec beaucoup d’espérance et je crois que la République centrafricaine peut être soulagée. Ceci étant, la Minusca [La mission onusienne en RCA] va arriver à partir du 15 septembre, donc il y a tout un travail à faire pour maintenir la situation, [faire] que la sécurité soit préservée. »

La Centrafrique, avec ce symbole du déchirement de la société : les derniers musulmans de Bossangoa, dans le nord-est du pays, ont quitté la ville hier, vendredi 11 avril, pour le Tchad. Ils craignaient d’être attaqués par les milices anti-balaka après le retrait du contingent tchadien de la Misca.

Comment mettre sur les rails la réconciliation, alors que des dizaines de milliers de musulmans ont fui ? La nouvelle force des Nations unies, la Minusca, qui sera opérationnelle à la mi-septembre peut-elle y contribuer ? Pour en parler, nous recevons ce matin Antoinette Montaigne, ministre de la Communication et de la Réconciliation nationale. Elle répond aux questions de Laurent Correau.

RFI : L’ONU a adopté la résolution 2149 qui va permettre le déploiement de la Minusca, une force de 12 000 hommes. Comment réagissez-vous à la création de cette force ?

Antoinette Montaigne : C’était une décision attendue avec beaucoup d’espérance, et la République centrafricaine peut être soulagée. Ceci étant, la Minusca va arriver à partir du 15 septembre. Donc il y a tout un travail à faire pour maintenir la situation, pour que la sécurité soit préservée. Il ne faudrait pas que la préparation ommette l’urgence d’ici à septembre. C’est ça, l’inquiétude principale du moment.

Concrètement, pour répondre à l’urgence, que faudrait-il faire ? Que doit faire la communauté internationale ?

Il y a une partie du contingent de la Misca qui s’est retirée de la sécurité en Centrafrique (les troupes tchadiennes, NDLR). Donc c’est important que cela soit comblé rapidement et qu’on ait à peu près un niveau stable de sécurité jusqu’à ce que les casques bleus des Nations unies puissent se déployer.

Sur le moyen terme, qu’attendent les autorités de transition concrètement de cette Minusca ?

La principale attente du gouvernement centrafricain, c’est la sécurité. Et cette sécurité commence par le désarmement effectif des différents groupes armés.

Certains craignent avec ce déploiement de la Minusca, une perte de souveraineté de la Centrafrique, voire une mise sous tutelle du pays. Qu’est-ce que vous répondez à ces inquiétudes-là ?

Il faut être réaliste. Aujourd’hui ce pays est tombé dans l’abîme, dans l’abîme de la mauvaise gouvernance, dans l’abîme du désespoir, dans l’abîme de la violence. Donc ce pays n’est pas en mesure par lui-même d’avoir les ressources nécessaires d’en sortir. Les Nations unies, les casques bleus, la communauté internationale qui joue son rôle pour venir au chevet de la République centrafricaine, doit l’aider à reconstruire un espace d’espoir, un espace de sécurité, un espace de souveraineté demain renouvelés. C’est aux Centrafricains de se mettre au travail, de prendre ce passage comme un passage de transition afin que ce pays se ressaisisse. Les inquiétudes, ce n’est pas le moment. Le moment, c’est la concentration, la contribution de tout un chacun pour que ce pays se remette.

Cela veut-il dire que très vite, il faut aller vers un dialogue national en Centrafrique ?

Ce dialogue national, il est déjà ouvert à travers les premières réunions de concertation à la réconciliation, ainsi que par les accents portés par la plateforme des autorités religieuses. On a organisé une célébration oecuménique de toutes les religions. Ce sont des initiatives que nous allons multiplier dans les semaines et dans les mois à venir. Mais nous attendons aussi de la communauté internationale de pouvoir débloquer les aides, les aides qui ont été promises.

Pour l’instant, vos actions en matière de réconciliation nationale sont freinées, voire stoppées par le manque de financement international ?

Par le manque de financement international, parce qu’il nous faut des appuis. La population n’arrive pas pour l’instant, parce que les procédures sont freinées par rapport au temps nécessaire d’étude des dossiers. Ça rentre dans le cadre des inquiétudes de la phase que nous engageons, d’ici à septembre 2015.

Il y a à l’heure actuelle des dizaines de milliers de musulmans qui ont fui le territoire centrafricain pour aller dans les pays voisins. Comment peut-on envisager la réconciliation avec ces personnes qui ont fui la Centrafrique ?

Ces personnes qui ont fui la République centrafricaine, n’ont pas fui de gaieté de cœur. Elles l'ont fait parce que la sécurité était devenue difficile. Mais on sait par les contacts que ces Centrafricains qui sont partis maintiennent avec leurs familles restées sur place qu’ils ont envie de rentrer chez eux. Ils ne connaissent pas forcément ces pays étrangers, et quand la sécurité va revenir, ils ont vocation à revenir dans leur pays. Moi-même quand j’aurai les appuis, je ferai la tournée des pays voisins et plus lointains, où les Centrafricains sont réfugiés pour voir quels sont les perspectives de retour qui s’annoncent et comment on pourra y travailler également. C’est ça la réconciliation.

Cela va être un processus très long ?

Ça va être un processus très long mais avec la volonté, on peut raccourcir le délai. C’est un pays simple qui a été tourmenté de manière très brutale. Il suffit de peu pour que le Centrafricain surmonte cette crise et c’est ce à quoi je m’accroche, ce à quoi je crois. Et toute la communauté internationale doit aussi croire à cette force intérieure centrafricaine pour sortir de cette crise une bonne fois pour toutes, vers le haut.

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