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Chine Etats-Unis Commerce et Echanges

Publié le • Modifié le

Chine-Etats-Unis: «Je pense que l’on s’arrêtera au bord du précipice»

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Les présidents des Etats-Unis Donald Trump (g) et de la Chine Xi Jinping, le 9 novembre 2017 à Pékin afp.com/Nicolas ASFOURI

La Chine durcit le ton face à Washington. Pékin a jugé lundi 9 avril que « des négociations commerciales avec les Etats-Unis étaient impossibles dans les conditions actuelles ». Ce week-end, Donald Trump a indiqué dans un tweet conciliant qu'un accord serait trouvé. Mais la Chine répond en renforçant ses moyens de pression : elle envisage une dévaluation de sa monnaie, le yuan. Entretien avec Jean-François Di Meglio, président de l'Institut de recherche Asia Centre, spécialiste du système financier et des pratiques financières de la Chine.


Par Claudia Bertram

RFI : Si la Chine met en exécution sa menace de dévaluer le yuan, quels seraient les impacts pour les Etats-Unis ?

J-F. Di Meglio : Pour les Etats-Unis, jusqu’à 10%, l’impact est relativement faible. Si elle dévalue de 20 à 30%, elle crée un très grand désordre monétaire. Tout le monde va se mettre à « vendre les marchés », comme on dit vulgairement, et ça va effectivement déclencher une crise financière, pas forcément commerciale ni économique.

Je conteste simplement, à ce stade, le terme de « guerre commerciale ». Pour l’instant, on a l’annonce d’une guerre possible. On est entré dans une phase de discussion, certainement dure, mais dont l’objectif est de redéfinir les termes de l’échange, mais certainement pas de se faire la guerre. Parce qu’une guerre, les deux parties auraient à y perdre.

Pourtant la réponse de la Chine est assez ferme.

J-F. Di Meglio : C’est assez logique qu’en face d’un retrait américain ou d’un apaisement américain, qui s’explique par des raisons électorales, la Chine trouve la brèche.

Trump s’est affaibli, d’une certaine façon il n’avait pas le choix, parce que son électorat est un électorat rural, entre autres. Si cet électorat est pénalisé par le refus d’importer du soja américain en Chine, Trump perd des voix. Donc il a été obligé de baisser le ton. Et puis cela fait aussi partie de cette technique « je souffle le chaud et le froid » que Trump manie systématiquement, avec tous ses interlocuteurs. Ce n’est pas très différent de ce qu’il a fait avec Kim en Corée du Nord.

Est-ce que pour vous ce ne sont que des mots ?

J-F. Di Meglio : Oui. Tant qu’on n’est pas le 22 mai, c’est-à-dire la veille du jour où les différentes sanctions, la remontée des différents tarifs se met en place, il est évident que l’on va tester l’adversaire. On va voir à quel moment il va effectivement « baisser les yeux » et à quel moment on va pouvoir s’engouffrer dans une brèche. On est dans une logique qui est très proche de la dissuasion nucléaire. A chaque fois, on dit : « attention, je vais appuyer sur le bouton ». Sachant que si on fait le parallèle, la dissuasion nucléaire a toujours permis d’éviter la guerre nucléaire.

La dette américaine que détient la Chine, la Chine n’en parle pas pour le moment : qu’est-ce que cela veut dire ? Est-ce que vous pensez que la Chine pourrait utiliser cette arme ultime ?

J-F. Di Meglio : Le domaine financier est, jusqu’à présent, le domaine dont on n’avait pas parlé et c’est celui dans lequel la Chine a un certain nombre d’arguments, parce que si elle sort les armes financières, à terme, on peut imaginer qu’elle menacera d’acheter moins de dette américaine. Si elle achète moins de dette américaine, elle met en cause des équilibres très profonds. On a jusqu’au 23 mai, on a encore la place pour énormément de menaces. Je pense que l’on s’arrêtera au bord du précipice. Il y aura des Américains qui iront en Chine certainement, et il y aura certainement des Chinois qui iront aux Etats-Unis. Il n’est pas impossible qu’on ait un blocage. Mais ce blocage a une probabilité plus faible qu’une redéfinition des termes de l’échange.

(Re) lire : Chine: Trump évoque 100 milliards de dollars de taxes douanières supplémentaires

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