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Publié le • Modifié le

Quel avenir pour la balance commerciale entre la France et la Chine?

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Des drapeaux français et chinois devant la porte de la place Tiananmen et le portrait de Mao Zedong, le 9 janvier 2018. REUTERS/Charles Platiau

La visite d'Emmanuel Macron en Chine s'est achevée sur une moisson de contrats. La future construction par Areva d'une usine de recyclage de combustibles nucléaires pour 10 milliards d'euros, une commande de 184 Airbus moyen-courriers de la famille A320... Mais malgré ces contrats alléchants, la balance commerciale reste clairement en faveur de la Chine : près de 30 milliards d'euros. Pourquoi ce déséquilibre ?


La France importe énormément de produits chinois : électronique, électroménager, habillement, articles de sport ou jouets, entre autres. En apparence, la valeur ajoutée est faible, mais les volumes sont énormes. Les Chinois ont beau acheter des avions, du vin, des produits pharmaceutiques ou des cosmétiques, ces produits ne pèsent pas autant sur la balance.

L’Allemagne excédentaire

En Europe, l'Allemagne est la seule à être excédentaire : de 20 milliards d'euros. Une diplomatie économique très puissante, mais aussi des petites et moyennes entreprises qui excellent dans la machinerie de pointe, les machines-outils et l'automobile. Les Allemands sont beaucoup mieux implantés sur le terrain. « On les appelle les champions invisibles », constate Yuan Ding, vice-président et doyen de China Europe International Business School (CEIBS), basé à Shanghaï.

« Si l’on demande à un Chinois lambda de citer des noms de grands groupes français par rapport aux entreprises allemandes, il s’avérera qu’il en connait pas mal. Mais dans la réalité les Allemands travaillent davantage avec des Chinois sur le modèle B to B (business to business), explique-t-il. Les Français sont plus concernés par les gros contrats avec un effet lancement très important. En plus de cela, la France exporte évidemment des produits de consommation. Mais entre les deux il existe très peu d’échanges en ce qui concerne ce modèle B to B ».

La réciprocité en matière d’investissement

Face à ce triste constat, Emmanuel Macron parle de réciprocité. « Il est clairement question d’accès au marché chinois », explique Mathieu Duchâtel, directeur adjoint du programme Asie et Chine du Conseil européen des relations internationales (ECFR), un centre de réflexion pan-européen : « Ce manque de réciprocité dans l’investissement est devenu évident à partir du moment où les grands groupes chinois, et en particulier les entreprises d’Etat, ont commencé à investir en Europe dans les années 2015, 2016 et puis récemment en 2017. Il s’agit d’un véritable tournant, qui pose la question de la réciprocité, non seulement sur le plan commercial, mais aussi sur l’environnement en matière d’investissement qui est beaucoup plus ouvert en Europe qu’en Chine. Sur ce plan-là, Emmanuel Macron a délivré un message politique clair, mais jusqu’à présent on a pas eu encore d’aboutissement à cette discussion ».

Le nouveau modèle économique de la Chine pourrait-il changer la donne ? Il est vrai que l'Empire du milieu est en train de réinventer son modèle économique. Confronté à l'essoufflement de sa croissance, avec une classe moyenne exigeante, Pékin mise sur les services et la consommation interne. Urbanisation, économie verte, agroalimentaire. Des secteurs où les Français peuvent apporter leur expertise. A condition qu'ils comprennent la réalité chinoise.

Le protectionnisme chinois

Mais rien n'est définitif, explique Mary-Françoise Renard, professeure à l'université de Clermont Auvergne, responsable de l'Institut de recherche sur l'économie de la Chine au CERDI, et auteure du livre L'Economie de la Chine – à paraître en juin 2018 aux éditions La Découverte. Elle rappelle que « la Chine n’est pas un Etat de droit. C’est un régime autoritaire, et qui peut changer de politique ou décider de nouvelles normes du jour au lendemain. Récemment l’on se souvient de l’affaire des fromages à pâte molle. Les autorités chinoises ont introduit des normes sanitaires qui ont bloqué des quantités de fromages en douanes. Un exemple parmi d’autres… Chaque fois quand la Chine subit une concurrence sur un secteur, rien n’empêche le gouvernement chinois de décider qu’à partir de demain il faudra faire face à un certain nombre de mesures pénalisantes pour les exportateurs ou bien pour les investisseurs étrangers ».

D'où la nécessité d'avoir des réseaux solides, de parler la langue chinoise, de passer du temps en Chine. Bref : de bien connaître le pays.

Chronologie et chiffres clés