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Publié le • Modifié le

«Obsolescence programmée»: quel impact pour Apple?

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Les accusations de tromperie et d'obsolescence programmée vont-elles entamer le capital sympathie dont Apple bénéficie auprès des consommateurs? REUTERS/Arnd Wiegmann

Le parquet de Paris a ouvert une enquête préliminaire contre Apple pour « tromperie » et « obsolescence programmée ». La firme à la pomme est accusée d'avoir volontairement ralenti les performances de ses iPhone afin d'obliger les consommateurs à racheter de nouveaux produits.


La mise à jour du processeur des iPhone, régulièrement proposée par Apple, a pour but d'améliorer les performances de certaines applications. Car comme les logiciels informatiques, les programmes installés sur les téléphones évoluent très vite.

Mais Apple a sciemment utilisé certaines mises à jour pour faire tout l'inverse, et ralentir les performances des téléphones. « Ils ont fait une mise à jour qui permet d'allonger la durée de vie des batteries, mais qui ralentit les performances générales du téléphone, reproche Robin Perkins, coordonnateur d'une étude sur l'obsolescence programmée publiée en juin dernier par l'association Greenpeace. La question ici, c'est que cette mise à jour a été faite en même temps que le lancement d'un nouveau produit. Et Apple n'a pas communiqué sur le sujet, donc beaucoup de gens ont cru que leur téléphone avait un problème et en ont changé. »

Apple se défend

Après avoir longtemps refusé d'y répondre, Apple est sorti de son silence le mois dernier et a officiellement reconnu les faits. Si elle admet qu'il y a bien eu un ralentissement des iPhone en question, la firme californienne se défend d'avoir voulu en faire acheter de nouveaux. Elle explique avoir été contrainte ralentir ses téléphones à cause de problèmes de batterie, afin « d’éviter qu’un appareil ne s’éteigne de manière inattendue ».

Jugeant cette argumentation peu convaincante, les associations de consommateurs ont lancé une procédure collective aux Etats-Unis et déposé plainte en France. D'autres plaintes similaires ont d'ailleurs été déposées en Corée et en Israël. Si Apple était condamnée en France, l'amende pourrait aller jusqu'à 5 % du chiffre d'affaires moyen annuel.

Le géant californien a beau proposer des réductions sur le prix des batteries, c'est un nouveau coup dur pour la marque à la pomme, dont l'image a déjà été ternie par des accusations d'évasion fiscale. En août 2016, l'Union européenne avait ainsi ordonné à l'Irlande d'exiger le remboursement de plus de 13 milliards d'euros d'« avantages fiscaux indus ». Mais cette fois, les consommateurs sont directement concernés.

Il est cependant encore trop tôt pour mesurer l'impact qu'auront les procédures entamées. « Tout va dépendre des résultats, dans les différents pays, des enquêtes et des procédures de justice, estime Thomas Husson, analyste spécialiste des nouvelles technologies chez Forrester. Cela dépendra aussi de l'écho que ces procédures vont avoir auprès des médias et des consommateurs finaux. » Mais pas question pour Thomas Husson d'imaginer Apple passer du jour au lendemain du statut de numéro 1 à une marque repoussoir. « Je ne pense pas que cela impacte à long terme la marque de manière significative », avance-t-il.

Capital sympathie

Car la pomme est peut-être trop grosse à avaler. Apple bénéficie d'un immense capital de sympathie, voire d'identification, de ses utilisateurs. Lorsqu'un nouvel iPhone sort, des queues immenses se forment devant les magasins avant même leur ouverture, ce que peu de marques réussissent à faire.

Si bien qu'en dépit des affaires, des rumeurs de marchés qui peuvent régulièrement faire fluctuer le cours de bourse d'Apple – comme c'était encore le cas ces derniers jours au sujet des perspectives de vente de l'iPhone X –,  l'entreprise se porte très bien. « La trésorerie d'Apple représente grosso modo 250 milliards de dollars. C'est plus que LVMH et Total, les deux premiers groupes du CAC40, réunis. C'est aussi la firme la plus valorisée au monde, qui a touché jusqu'à 700 milliards de dollars. Que ce soit en termes de revenus, de trésorerie ou de valorisation, Apple est aujourd'hui l'entreprise numéro 1 au monde », résume Thomas Husson.

Selon l'analyste, les dirigeants et actionnaires d'Apple n'ont donc pas de quoi être trop inquiets. Si les marchés et les analystes financiers ne croient pas que la pomme sera croquée par cette affaire, le dernier mot revient aux consommateurs qui, partout dans le monde, décideront de continuant ou de cesser d'acheter Apple.

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