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Publié le • Modifié le

Japonismes 2018: la très riche culture japonaise s'expose dans tout Paris

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Japonismes, automate au musée Edo. © RFI/Muriel Maalouf

La France et le Japon sont deux pays qui entretiennent des liens culturels étroits. S’ils semblent aux antipodes l’un de l’autre, ils se fascinent mutuellement. La saison culturelle « Japonismes 2018 : les âmes en résonance » nous donne l’occasion de revenir sur les liens artistiques entre la France et le Japon, à travers une série d'expositions disséminées sur plusieurs sites parisiens jusqu'à la fin de l'année.


Mode, gastronomie, pop culture… En France, la culture japonaise est plus que jamais en vogue. Une mode qui se manifeste à travers l’attrait du Japon comme destination touristique. Selon l’Office national du Tourisme japonais, 268 500 Français ont visité l’archipel en 2017. Un record historique. Pour Emmanuel Lozerand, professeur au Centre d’Etudes japonaises de l’Inalco, « la culture japonaise a tellement de richesses que chacun peut y trouver quelque chose qui lui plaît ». Pour Béatrice Quette, commissaire d’exposition du Musée des Arts Décoratifs, c’est grâce à un amour partagé pour la culture et un goût prononcé pour l’art de vivre [1] que la France et le Japon entretiennent des liens culturels.

Japonismes

« Japonismes au pluriel » célèbre les 160 ans des relations diplomatiques entre la France et le Japon. Isabelle Chenu/RFI

Le rapprochement entre la France et le Japon est relativement récent car ce n’est qu’au XIXe siècle que le pays du Soleil-Levant s’ouvre au monde, et en particulier à l’Occident. En 1858, la France et le Japon signent un traité d’amitié, lançant le début des échanges commerciaux et culturels entre les deux pays. La France se met donc au goût des estampes et de l’art japonais. Des voyageurs et collectionneurs tels qu’Emile Guimet (le fondateur du Musée Guimet, Musée National des Arts Asiatiques de Paris) contribuent à cette nouvelle mode. L’Exposition universelle de Paris en 1867, à laquelle le Japon participe pour la première fois, popularise cette culture auprès du grand public.

On qualifie alors de « Japonisme » l’art européen qui s’inspire de la culture japonaise. Des peintres comme Monet ou Van Gogh puisent leur inspiration dans les estampes japonaises, comme celles de Hokusai. Mais le Japonisme touche toutes formes d’art. Dans son ouvrage Histoire du Monde au XIXe siècle, Emmanuel Lozerand explique que c’est une mode qui se manifeste à travers « l’architecture, […] l’art de l’affiche » et même les « objets du quotidien ». On retrouve ainsi l’influence de l’esthétique japonaise dans les constructions du célèbre architecte français Le Corbusier au cours du XXe siècle.

Un goût du raffinement

L'exposition « Fukami, une plongée dans l’esthétique japonaise », à l’Hôtel Salomon de Rothschild. Isabelle Chenu/RFI

Pour Béatrice Quette, il y a en France une « admiration des Japonais pour leur raffinement ». Et ce goût pour l’esthétique japonaise transparaît aussi à travers le cinéma, la mode et même la gastronomie. Le long-métrage Rashômon d’Akira Kurosawa est un des premiers films japonais à s’exporter à l’étranger. Ce classique du cinéma récolte l’Oscar du meilleur film étranger en 1952 après avoir été primé du Lion d’Or à la Mostra de Venise l’année précédente. Aujourd’hui, la majorité du cinéma japonais diffusé en France est considéré comme étant du cinéma d’auteur.

Une Affaire de Famille de Hirokazu Kore-eda est le dernier long-métrage à avoir remporté la Palme d’Or à Cannes. A l’inverse, le cinéma français de la Nouvelle Vague connaît un succès retentissant au sein de l’archipel. Mais ce goût pour le cinéma japonais rencontre aussi un certain succès auprès du grand public. Les films du Studio Ghibli font régulièrement l’objet d’expositions et rétrospectives. Des films d’animation comme Le Tombeau des Lucioles de Isao Takahata ou Le Voyage de Chihiro de Hayao Miyazaki sont reconnus tant pour leur qualité artistique que comme étant du grand divertissement.

Dans les années 1970, c’est la mode japonaise qui s’exporte. Et « si les créateurs japonais se sont installés à Paris dans les années 1970, ce n’est pas par hasard […] Paris est quand même la capitale de la mode » explique Béatrice Quette. Kenzo Takada, fondateur de la célèbre marque de prêt-à-porter qui porte son nom, ouvre sa première boutique en 1970 dans la Galerie Vivienne à Paris. Aujourd’hui, de nombreux créateurs japonais sont reconnus en Occident pour leur savoir-faire. Rei Kawabuko, styliste et fondatrice de la marque Comme des Garçons connaît un succès sans pareil à partir des années 1980. La marque fut choisie comme thème du Met Gala 2017.

La France et le Japon sont également deux pays réputés pour leur attention portée à la gastronomie et aux arts de la table. « La culture a un rôle important dans les deux pays. L’art de la table est très codifié » et, pour la commissaire d’exposition du Musée des Arts Décoratifs, c’est ce qui plaît. Par exemple, le chef japonais Kei Kobayashi est installé en France et est aujourd’hui détenteur de deux étoiles au Guide Michelin. À l’inverse, le Français Alain Ducasse connaît un succès retentissant au Japon. Ce dernier a d’ailleurs formé Kei Kobayashi à la haute gastronomie. Ce goût pour la cuisine japonaise est difficile à ignorer. Sushis, ramens, bentos, gyozas… En France, les restaurants japonais (plus ou moins authentiques) se multiplient. Ces traditions culinaires semblent plaire à toutes et à tous. Pour Emmanuel Lozerand, la « mode du sushi » est peut-être «liée au désir de manger léger ». En somme, c’est peut-être le goût de l’exotisme qui plaît aux Français.

Un soft power influent

Japonismes, la gastronomie au rendez-vous. © RFI/Muriel Maalouf

La diffusion de la pop culture est un des exemples les plus significatifs du soft power japonais. La France est le deuxième consommateur de mangas au monde après le Japon. Cela n’est pas étonnant quand on connaît le goût prononcé des Français pour la bande-dessinée. Les dessins-animés japonais, aussi appelés simplement « animés », connaissent un succès retentissant dès les années 1980, avec des séries comme Goldorak et Albator. Aujourd’hui, les mangas sont partout.

De Pokémon à One Piece en passant par Naruto, les mangas et animés japonais ont bel et bien conquis le public français. La tradition japonaise du manga café a même conquis la France ! Concept venant tout droit du Japon, le manga café est un lieu dans lequel on peut passer sa journée à lire des mangas et jouer à des jeux vidéo en libre service. Quelques établissements ont ouvert en France, ce qui atteste de la popularité du manga en France.

Cette mode se manifeste également à travers le succès de jeux vidéo comme Pokémon Go. L’application mobile lancée en juillet 2016 a provoqué un engouement sans pareil. Ce sont en effet des centaines de personnes qui se rassemblaient dans les parcs publics afin de s’adonner au jeu. Les jeux Nintendo (dérivés ou non de mangas comme Pokémon) font aujourd’hui partie intégrante de la culture du jeu vidéo français. Mario, Luigi, Sonic… sont autant de personnages qui connaissent un très vif succès. Cette popularité se manifeste aussi à travers des salons.

Tous les ans, le Paris Manga and Sci-Fi Show rassemble des dizaines de millier de visiteurs. Et ce n’est pas le seul événement organisé pour célébrer la pop culture japonaise. Depuis maintenant 19 ans, la Japan Expo est le rendez-vous annuel des « otaku »[2]. Ces fans de pop culture japonaise se prêtent des fois au jeu du cosplay, le fait de se déguiser en son personnage de manga favori. La Japan Expo rassemble annuellement plus de 230 000 visiteurs sur 4 jours.

[1] Le Musée des Arts Décoratifs organise l’exposition Japon-Japonisme 1867-2018 à l’occasion de la saison culturelle Japonismes 2018. De novembre à mars prochain, l’exposition retracera les liens artistiques entre la France et le Japon.

[2] « Otaku » est un mot japonais pour désigner les fans de jeux vidéo. En France, ce mot est utilisé pour désigner les adeptes de pop culture japonaise.

 

Chronologie et chiffres clés