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[La vie des mots] Le café a la bougeotte

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Grains de café et café moulu. Adam Gault / Getty Images

Savez-vous comment on nomme l’orange en suédois ? Appelsin, « la pomme de Chine ». Plus piquant encore : dans une trentaine de langues d’Europe et du Moyen-Orient, dont le grec, le roumain, le persan, le turc, l’ouzbek, le mot orange est un dérivé du nom Portugal. Cela en dit long sur le voyage des plantes. C’est exact, l’orange est originaire de Chine et parvint en Méditerranée au Moyen-Age par le biais des horticulteurs arabes. Mais la propagation de sa variante douce est bel et bien due aux navigateurs portugais du XVIe siècle.

Et notre pomme de terre ! Amenée d’Amérique du Sud par les conquistadors espagnols, elle ne pouvait décemment pas garder son nom de papa en Italie, à proximité du souverain pontife résidant à Rome. Ce met nouveau fut donc appelé truffe. De tartufolo, il devint cartoufle en Suisse, puis kartofel en Alsace, nom qui fera florès en Russie. Pourquoi l’appelle-t-on burgonya en hongrois et krompir en serbe ? Mystère et cornet de frites[1].

Les plantes ont voyagé de tout temps. Mais suite à l’incursion de Vasco de Gama en Inde, elles ont eu carrément la bougeotte.

Le record appartient sans conteste au café. Originaire d’Ethiopie, il s’adapta à l’Arabie, d’où le nom d’arabica pour sa variété la plus aromatique. Il se retrouve plus tard en Inde. Les Hollandais lui font faire un bond en l’introduisant avec succès à Java en 1699. Ils offrirent un caféier au roi de France, dont Antoine de Jussieu, directeur du jardin royal, prit grand soin. Des graines furent envoyées dans les Antilles et en Guyane. A Cayenne, l’épouse du gouverneur en offrit à un noble portugais en partance pour le Brésil. C’était en 1727. Le pays est aujourd’hui le premier producteur mondial. Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Les Portugais plantèrent la variété robusta sur l’île de Sao Tomé, puis en terre angolaise. Le café revenait sur son continent d’origine. Son tour du monde continue, si l’on considère que le Vietnam est aujourd’hui le second producteur.

Curieux est le destin du topinambour. Champlain le découvre au Québec. Il en ramène quelques plants à Paris en 1607, le désignant comme une « pomme du Canada », qui pousse au pied des chênes. Peu après arrivent en France six Indiens tupinambas de l’île de Maranhāo au Brésil. On associa les deux événements, au point que le grand Linné était persuadé de l’origine amazonienne du tubercule. Le topinambour conserve une mauvaise image en France pour ceux qui durent s’en contenter sous l’occupation nazie. Son nom en anglais est encore plus bizarre : Jerusalem artichoke, qui vient d’une mauvaise interprétation du mot italien pour le tournesol (girasole).

J’ai longtemps cru que le manioc était une plante d’Afrique. La lecture d’un livre captivant sur le voyage des plantes* m’a appris qu’il venait d’Amérique tropicale. Christophe Colomb l’a décrit dès 1492. Cette plante détient deux records : sa facilité à cultiver et le meilleur rendement en calories au mètre carré. On peut transformer le manioc en semoule (tapioca ou cassave) ou bien en boisson alcoolisée. Seule précaution, il convient de débarrasser la plante de son acide cyanhydrique avant consommation.

Les Portugais s’enorgueillissent à juste titre d’avoir introduit à Taïwan la patate douce, issue d’Amérique tropicale : sa présence en Chine permettra d’atténuer les crises de famine au XVIIIe siècle. Les navigateurs ont très tôt compris l’utilité de la noix de coco. Elle peut se conserver longtemps et ses fibres donnent des cordages résistant à l’eau de mer. Le cocotier, avancent nombre de scientifiques, serait originaire de Polynésie.

Outre le café, l’Afrique a fourni au monde la pastèque, le palmier à huile et le poivrier de Guinée. Son sol est particulièrement accueillant. Dès 1907, une étude recensait 484 espèces exogènes sur 500 plantes étudiées dans l’ensemble du Congo de Léopold II.

La banane est le fruit le plus vendu au monde. Elle a changé plusieurs fois de nom. Le mot aujourd’hui admis proviendrait du sosso, parlé en Guinée, où les Portugais avaient introduit le bananier en 1562.

Les navigateurs portugais qui descendaient méthodiquement le long des côtes africaines nous ont donné, outre beaucoup de toponymes, le mot bom bordo, le « bon bord », celui qui qui permet de se repérer, c’est à dire bâbord.


[1] Hypothèses : « Bourgogne » et « Grundbirne, poire de terre en allemand »

José Mendes Ferrão, Le voyage des plantes & les grandes découvertes, Chandeigne, 2015

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