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Cinéma Réfugiés Irak Kurdes Culture

Publié le • Modifié le

[Reportage] «Écrans de la paix»: le cinéma dans les camps au Kurdistan irakien

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Sur place, avec « Les Ecrans de la Paix », cinéma itinérant au Kurdistan irakien. Isabelle Morand / A UTILISER UNIQUEMENT POUR ARTICLE Les Ecrans

« L'accès aux images… est une priorité non seulement culturelle, mais aussi humaine. » Selon le Haut Commissariat aux réfugiés des Nations unies (UNHCR), il y a 65,6 millions de personnes déracinées dans le monde. Au nord de l’Irak, la région autonome du Kurdistan irakien accueille nombre de familles fuyant la guerre. Elles sont réunies dans des camps selon leurs origines, Kurdes syriens, Arabes sunnites de Mossoul, chrétiens ou Yézidis de la plaine de Ninive. Sous ces tentes ou préfabriqués, leur vie s’est arrêtée depuis quelques mois ou plusieurs années. Parmi les différentes ONG actives sur place, une petite association française tente d’apporter à ces populations une fenêtre sur le monde en projetant des films. Au Kurdistan, l’été s’est installé, l’équipe des « Écrans de la paix » a ressorti l’écran géant.


Sur le terrain de foot du camp de Dara Shakran, adultes et enfants sont assis par terre. Ils regardent voler les Jedi sur une grande toile de 10 mètres sur 7. Parmi le public, Aya, 11 ans, est passionnée par Star Wars :

« J’adore les films d’action, surtout ceux où il y a d’autres planètes, d’autres galaxies. Le fait que le film soit sous-titré aujourd’hui ne me dérange pas du tout. Je suis en sixième et je sais lire. Puis j’aime bien entendre des langues étrangères, surtout le français, l’anglais et le coréen. S’ils projettent un film étranger sous-titré, moi je suis toujours prête à regarder. Quand j’étais en Syrie, à Qamichli, j’aimais le cinéma, mais mon père m’interdisait d’aller dans ce genre de lieu. À la maison, on s’ennuie. La télé n’est pas intéressante. Des fois, il y a des films qui font peur. Le cinéma, c’est plus amusant et on regarde tous ensemble ».

Les habitants de ce camp sont devenus des habitués du cinéma. Voilà plus d’un an que l’association des Écrans de la paix vient projeter des films à Dara Shakran, comme d’autres camps du Kurdistan irakien.

« Mr Bean » : «C’était facile à comprendre »

Anouar est venu avec ses deux fils. Il se souvient en souriant de la projection de Mr Bean : « On a beaucoup aimé cette comédie, c’était facile à comprendre. Et Mr Bean me faisait penser à nos artistes égyptiens ou arabes. Même s’il parle une autre langue, il n’est pas difficile à suivre. Ce cinéma, c’est très bien pour l’éducation de nos enfants. Par exemple, il y a des films qui parlent de l’oppression ou de la relation entre parents et enfants. C’est très bien pour eux ».

Certains films projetés comme Persépolis ou Caramel amènent également à la réflexion. Pour le président de l’association, Frédéric Namur, il est important que la sélection soit variée : « Les camps sont un espace totalement clos avec des grillages, des barbelés. Et à l’intérieur du camp, ce qui était important, c’était d’ouvrir une fenêtre sur le monde. Et le cinéma, c’est quand même l’un des meilleurs médias qui permettent de voir et d’entendre, de comprendre d’autres cultures, et surtout de faire fonctionner l’imaginaire. C’est-à-dire que, quand vous projetez un dessin animé ou une petite fiction, tout d’un coup, votre imaginaire fonctionne. Vous sortez de l’espace et du temps dans lequel vous vivez au quotidien, et vous imaginez autre chose. Donc vous vous enrichissez ».

Les habitants du camp de Dara Shakran habitent des préfabriqués depuis maintenant cinq ans. La crise en Syrie est loin d’être terminée. Le Kurdistan irakien leur offre un refuge, mais certainement pas un projet de reconstruction.

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