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Mai-68 Musiques Culture

Publié le • Modifié le

Sous les pavés, quelques plages de musique

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Mai-68, à la Sorbonne. GERARD-AIME/Gamma-Rapho via Getty Images

La musique et Mai-68 en France c’est un peu l’histoire d’un rendez-vous manqué. Si certains comme Léo Ferré ont senti le vent tourner, la plupart des chanteurs français ont été dépassés par les événements. De fait, aucun titre mémorable n’a été composé sur les barricades. Pourtant, les événements de mai vont largement inspirer les artistes et changer durablement le visage de la chanson à texte et de la variété française.


En 1968, la vague psychédélique venue de San Francisco n’a pas encore troublé la tranquillité des foyers français. A la radio, en ce printemps, tournent en boucle Riquita de Georgette Plana, Siffler sur la colline de Joe Dassin et tous les tubes des inévitables Yé-yé qui squattent les ondes avec notamment A tout casser et Entre mes mains de Johnny Halliday.

Mais c'est surtout la nouvelle chanson de Jacques Dutronc, Il est cinq heures Paris s'éveille qui marque les esprits car le titre est détourné par les manifestants avec des paroles comme « Les 403 sont renversées, la grève sauvage est générale (…) il est cinq heures, Paris s’éveille ». C’est donc par hasard que la chanson du dandy je m’en-foutiste devient une chanson de Mai.

Les chansons des barricades

Si la plupart des grands mouvements sociaux s’accompagnent de grandes chansons, on ne peut pas en dire de même de Mai 68. Hormis l’Internationale et quelques chants de ralliement, les manifestants peuvent à l’occasion entonner La Faute à Nanterre d’Evariste ou Les Nouveaux Partisans de Dominique Grange, chansons engagées rapidement écrites mais vite oubliées.

En réalité, il n'y a pas de grandes chansons de Mai-68, explique Stan Cuesta, journaliste et auteur du livre Sous les pavés, les chansons paru chez Glénat. « Tous les chanteurs de l’époque se sont laissés surprendre par Mai-68, même ceux qui étaient engagés à gauche. Cela s’explique peut-être par le fait que la France ne soit pas vraiment un pays musical. La contestation s’est exprimée au niveau des idées, de la politique mais très peu par la chanson. On peut éventuellement citer Léo Ferré qui depuis de nombreuses années chantait des chansons d’inspiration anarchiste. On peut dire que d’une certaine façon, il avait vu les choses arriver ».

L’héritage de Mai

S’il y a peu de chansons de Mai-68, il y en a beaucoup plus publiées après les événements. Ainsi George Moustaki chante Le Temps de Vivre en 1969 tandis que Jean Ferrat demande Au Printemps à quoi rêvais-tu? Mais l'un des plus réactifs aux turbulences de Mai sera Claude Nougaro avec Paris Mai, titre presque rappé, inspiré par les premiers frémissements du free jazz : « Le casque des pavés ne bouge plus d'un cil, la Seine de nouveau ruisselle d'eau bénite ». La chanson de Nougaro sera interdite à la radio.

Au fil des ans, d'autres artistes reviendront avec nostalgie sur les évènements. Hubert-Félix Thiéfaine avec 22 mai en 1978 Gilbert Bécaud avec Mai 68 en 1980 ou encore Pierre Bachelet avec Vingt ans en 1990.

La nouvelle chanson française

Les temps changent comme disait Bob Dylan. Et la chanson avec. Une nouvelle génération débarque en France et finit de ringardiser des Yé-Yé de plus en plus en décalage avec la jeunesse et ses aspirations. «Par exemple, Sheila, à qui on faisait chanter un peu n’importe quoi, se retrouve avec une chanson très réactionnaire qui s’appelle 'Petite fille de Français moyen'. Les Yé-Yé sont complètement en décalage. C’est pourquoi qu’il y a une nouvelle vague qui arrive. Elle est symbolisée par Julien Clerc qui sort son premier 45 tours, La cavalerie, à ce moment-là. Ce chanteur aux cheveux longs va incarner un nouveau type de variété. Du côté de la chanson à texte, donc des héritiers de Brassens, ce sera le début de carrière de Maxime Le Forestier, Renaud et de Bernard Lavilliers », détaille Stan Cuesta.

Au-delà de cette nouvelle vague de chanteurs, c'est la chanson française elle-même qui se transforme et se radicalise après mai 68 en faisant valser la structure classique du sacro-saint «couplet refrain, couplet refrain» avec Jacques Higelin ou encore Brigitte Fontaine qui en 1970 sort Comme à la radio, album culte sur lequel la poétesse lunaire est accompagnée des musiciens Areski Belkacem, Leo Smith et le Art Ensemble of Chicago.