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Arts Plastiques Culture exposition

Publié le • Modifié le

«Peintures des Lointains», des images à «montrer sans honte ni tabou»

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Les délégués des Colonies et Monsieur Jules Ferry - novembre 1892. Le Conseil supérieur des Colonies a œuvré pour la mise en place d'une économie coloniale, la rentabilisation des terres conquises ou l'exploitation de minerais. Peintre : Frédéric Regamey. musée du quai Branly - Jacques Chirac, photo Claude Germain

Le musée du Quai Branly à Paris nous avait jusqu'ici habitués à des expositions d'arts premiers d'Amérique, d'Afrique ou d'Océanie... Une fois n'est pas coutume, il invite cette année les visiteurs à venir découvrir des tableaux d'artistes occidentaux. L'exposition « Peintures des Lointains » présente quelque 200 œuvres datées de la fin du XVIIIe au milieu du XXe siècle : des peintures, dessins et gravures qui témoignent du regard européen porté vers l'Autre et l'Ailleurs, à l'époque de la colonisation.


C'est une partie méconnue de la collection du musée du Quai Branly. Quelque 200 œuvres d'artistes européens qui ont représenté d'autres continents et populations à l'époque de la colonisation. Beaucoup ont été acquises pour l'exposition coloniale de 1931, à une époque où l'on montrait aussi des humains en cage au Bois de Vincennes. Et la plupart de ces tableaux n'étaient plus sortis des réserves depuis longtemps.

« Une dizaine de tableaux sont présentés ici d’une manière permanent, explique Sarah Ligner, commissaire de l'exposition Peintures des Lointains. C’est une collection qui est longtemps restée en marge et peu valorisée du fait de son passé colonial. Au moment de la décolonisation, elle a été largement remisée en réserve. Elle n’a commencé à être réétudiée qu’au début des années 1980. »

La part de propagande

Et ce qui a d'abord été étudié, c'est la part de propagande de ces peintures. Pas de travail forcé sur ces images, mais des représentations idylliques, fantasmées, de l'exotisme, des oasis, des foules bigarrées, des œuvres qui affirment aussi la domination coloniale ou fabriquent les héros de la conquête des lointains, comme ces deux portraits de l'explorateur Pierre Savorgnan de Brazza (1852-1905), côte à côte...

« L’un véhicule une image très romantique de l’explorateur en tenue de brousse, avec un chèche ; l’autre, c’est l’officier de marine qui regarde vers le lointain, avec cette carte de l’Afrique sous sa main. Ce sont des œuvres qu’il faut montrer sans honte ni tabou pour comprendre aussi comment ces messages colonialistes ont pu être véhiculés par les œuvres. »

Mais ce sont aussi des artistes aux profils très divers qui sont rassemblés. Parmi eux, Matisse parti en solitaire à Tahiti en 1930, Gauguin, ou encore son ami Emile Bernard, dont on découvre ici une toile représentant des femmes égyptiennes.

Être proche des habitants

« On connaît plutôt l’Emile Bernard qui a travaillé en Bretagne aux côtés de Gauguin, mais à la suite d’une rivalité artistique entre les deux artistes, Émile Bernard s’est lancé dans un long périple qui l’a mené à Constantinople, à Jérusalem, puis en Égypte où il s’est établi pendant près de dix ans. Il a épousé une jeune femme d’origine syrienne et il vivait très proche des habitants du Caire et tirait tous ses sujets du quotidien. »

Dès la deuxième moitié du XIXe siècle, avec le développement des études ethnographiques, des artistes s’efforcent d’être plus exacts quand ils représentent les autres cultures. Des orientalistes, par exemple, qui séjournent longuement en Afrique du Nord comme Fromentin, Girardet, Dinet qui signent dans l'exposition des portraits, des scènes de vie autour de campements ou de mosquées. Au total, à travers ces 140 artistes exposés, certains totalement tombés dans l'oubli, c'est aussi l'évolution du regard occidental sur l'Ailleurs qui est racontée.