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Publié le • Modifié le

Il y a 40 ans disparaissait Léon Gontran Damas (1912–1978)

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Léon-Gontran Damas en 1978. DR

Le monde littéraire commémore la disparition de Léon-Gontran Damas, poète, écrivain et homme politique guyanais. Le cofondateur du mouvement de la négritude est décédé aux Etats-Unis le 22 janvier 1978 à l’âge de 65 ans. Une journée commémorative du 40e anniversaire de sa mort est organisée à Cayenne.


Léon-Gontran Damas est né le 28 mars 1912. Son enfance a été marquée par la mort de sa sœur jumelle et par celle de sa mère. Il restera muet jusqu’à l’âge de 6 ans. Il commence ses études primaires à Cayenne puis à 13 ans, l’écolier quitte sa Guyane natale pour étudier en Martinique. C’est au lycée Schoelcher qu’il rencontre Aimé Césaire. En 1928, c’est le départ pour la France, le jeune Damas s’installe d’abord à Meaux pour des études secondaires puis à Paris pour les études supérieures.

Le Guyanais fait des études de droit, de lettres et apprend le russe, le japonais et le baoulé à l'École des langues orientales. Très vite, l’étudiant est confronté aux discriminations à cause de sa couleur de peau. A ses cours de langues, l’élève reste invisible pour ses professeurs. Jamais on ne l’interroge. Cependant, Léon-Gontran Damas, fait de belles rencontres. A Paris, il se lie d’amitié avec des étudiants africains  comme Léopold Sédar Senghor, Soulèye Diane, Bigaro Diop. Il se rapproche des écrivains et intellectuels noirs américains Countee Cullen, Langston Hughes Richard Wright.

Le troisième homme de la négritude

Ensemble, les jeunes intellectuels antillais et africains discutent, réfléchissent sur la situation difficile des noirs à travers le monde. Ils prônent un « internationalisme nègre ». Des rencontres régulières se font à Clamart chez Paulette Nardal, la première femme noire à étudier à l’Université de la Sorbonne. Des rendez-vous qui contribuent à la création de plusieurs revues. La Revue du monde noir (1931-1932), Légitimes défenses (1932) et l’Etudiant Noir (1935). Il s’agit de «Créer entre les Noirs du monde entier, sans distinction de nationalité un lien intellectuel et moral qui leur permette de mieux se connaître, de s’aimer fraternellement, de défendre plus efficacement leurs intérêts collectifs… ».

Dès son premier numéro, l’Etudiant Noir, annonce la couleur, Léon-Gontran Damas déclare :« On cesse d’être un étudiant essentiellement martiniquais, guadeloupéen, guyanais, africain, malgache, pour être plus qu’un seul et même étudiant noir...». Aimé Césaire, parle dans son éditorial de «nègreries». Le mouvement de la négritude porté par le trio Aimé Césaire, Léopold Sédar Senghor et Damas est né. Il a pour but de « réhabiliter la race noire ».

Pour Léon-Gontran Damas dans cette Trinité chacun a joué son rôle, il y a le père (Aimé Césaire), le fils (Senghor) et le Saint-Esprit (lui-même). En 1937, Damas publia son premier livre de poésie, Pigments, puis Retour de Guyane (1938) Névralgie, Graffiti (1953)  et Black Label (1956). Les écrits de Damas deviennent des plaidoyers pour la négritude. Il dénonce l’aliénation, le racisme, les préjugés de couleur, l’exclusion, la discrimination envers les noirs et fustige le colonialisme.

Un résistant, un révolté

En 1938, à 25 ans, le jeune homme part en mission ethnographique en Guyane pour le musée du Trocadéro. Il publie Retour en Guyane et met en évidence la dérive de l’assimilation, décrit la situation sociale, politique et économique catastrophique de la Guyane. Ses textes jugés subversifs seront interdits par les pouvoirs publics. Les autorités guyanaises se procurent des exemplaires de Retour de Guyane pour ensuite les brûler. Damas, avec sa plume incisive, attaque le colonialisme mais pointe aussi du doigt la complaisance et la responsabilité des Noirs eux-mêmes dans leur statut de dominés et appelle à la prise de conscience.

Léon-Gontran Damas participe à la résistance contre le nazisme aux côtés de l’écrivain guadeloupéen Jean-Louis Baghio'o et de Marguerite Duras. Le Guyanais sera décoré pour son engagement dans la résistance. Après la guerre, Léon-Gontran Damas, s’investit en politique. Elu député de Guyane (1948-1951), il siégera à l’Assemblée nationale française sur le banc des socialistes SFIO (Section française de l'Internationale ouvrière).

Le poète devenu politicien critique sévèrement la loi de départementalisation votée en 1946, qui fera de la Guyane, de la Martinique et  de la réunion des départements français. En 1950, en Côte d’Ivoire lors d’une grève générale des travailleurs agricoles, des incidents éclatent et font plusieurs morts et de nombreux blessés. L’homme politique guyanais  est nommé à la tête d’une Commission parlementaire chargée d'enquêter. Son rapport nommé « Rapport Damas » dérange les autorités coloniales. Il ne sera jamais publié.

Ambassadeur culturel

Le poète voyage au Brésil, à Cuba, à Haïti, au Guyana, en Jamaïque.  Il donne des conférences par exemple sur « l’Âme noire et le surréalisme ». L’écrivain est décoré par la République d’Haïti, de l’ordre national « Honneur et Mérite au grade de chevalier » puis devient citoyen d’honneur de la ville de Port-au-Prince.

Le ministère des Affaires Etrangères Français et L’Alliance Française le charge  de plusieurs missions culturelles (1952-1957). Le Guyanais parcourt l'Afrique, (Cameroun,  Congo Brazzaville, Côte-d’Ivoire,  Dahomey, (actuel Bénin), Togo). En 1958, le poète est nommé conseiller de la société de radiodiffusion et chargé des questions culturelles. Gontran Damas facilite l’expression des écrivains noirs à l’antenne. Il sera limogé quatre ans après.

L’Unesco l’engage pour étudier « La survivance de la culture africaine dans le nouveau Monde ». Léon-Gontran Damas se déplace beaucoup. Il décide de s’installer aux Etats-Unis, enseigne la littérature à la Georgetown University et à l'université Howard. Le poète guyanais rencontre des écrivains Afro-américains, comme Langston Hughes Richard Wright et donne des conférences à travers le pays.

Malade, Léon-Gontran Damas se fait opérer d’un sarcome cancéreux sous la langue. Après une rupture d’anévrisme, une pneumonie, on lui découvre un cancer de la gorge. Le 22 janvier 1978, il décède aux Etats-Unis. Il est enterré dans son pays natal, la Guyane.

■ Bibliographie

Pigments-Névralgies, Léon-Gontran Damas, Présence Africaine
Léon-Gontran Damas,  l’Homme et l’œuvre,   Daniel  Racine, Présence Africaine
Léon-Gontran Damas, Cent ans en noir et blanc - CNRS Editions
Léon-Gontran Damas, Monique Dorcy et Lydie Ho-Fong-Choucoutou – les éditions du Manguier, collection Orénoque

■ Vidéo

Christiane Taubira, garde des Sceaux déclame une strophe de Black Label, à l'Assemblée nationale française pour répondre à Hervé Mariton, le 5 février 2013.

■ A réécouter sur RFI

Les grandes voix de l'Afrique : Léon-Gontran Damas: un homme au carrefour des frustrations

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