rfi

À l'écoute
  • Direct Monde
  • Direct Afrique
  • Dernier journal Monde
  • Dernier journal Afrique
  • Dernier journal en Français facile
  • Dernier journal Amériques - Haïti
  • Intempéries: Swiss Re estime à 95 milliards de dollars les pertes assurées pour les ouragans dans les Caraïbes et les séismes au Mexique
  • Pérou: le congrès péruvien autorise à une large majorité l'utilisation du cannabis à fin thérapeutique

Arts Plastiques Culture exposition France

Publié le • Modifié le

Grand Palais: «On veut se séparer totalement du mythe Gauguin»

media
Un visiteur au Grand Palais regarde de près la toile de Paul Gauguin: «Merahi metua no Tehamana» (Les aïeux de Teha’amana). Tehura, modèle et très jeune compagne tahitienne de Gauguin, est au centre du débat sur la pédophilie du peintre. Siegfried Forster / RFI

L’ambition de « Gauguin l’alchimiste » n’est pas d’offrir un panorama exhaustif des plus beaux tableaux du célèbre peintre du paradis terrestre. Le Grand Palais à Paris prend à partir de mercredi 11 octobre le risque de nous faire découvrir en profondeur l’artiste « multimédia ». Le but affiché : faire surgir le réel multiple pour « se séparer totalement du mythe Gauguin ». L’exposition de 230 œuvres nous propose une immersion dans l’univers magique de l’artiste transformant la réalité en une fabrique des images. La co-commissaire Ophélie Ferlier-Bouat nous explique aussi pourquoi le débat sur les dérives pédophiles de Paul Gauguin n’a pas trouvé sa place au sein de cette grande exposition. Entretien.


RFI : Avec Gauguin l’alchimiste, quelle est la question la plus importante à laquelle vous voulez répondre ?

Ophélie Ferlier-Bouat : C’est de comprendre les méthodes et les manières de travailler tout à fait uniques de Gauguin, avec une approche du matériau très libre, totalement non conventionnelle. J’espère surtout qu’on pourra sortir de l’expo en se disant : Gauguin est certes un merveilleux peintre, mais également un merveilleux céramiste, quelqu’un qui travaille le bois d’une manière très libre et qui a fait aussi de formidables gravures sur bois… Parfois c’est la céramique et le bois qui l’influence pour son travail en peinture. Et parfois, c’est l’inverse. Dans ces allers-retours se dessine tout l’intérêt de l’art de Gauguin.

Devrait-on donc aujourd’hui plutôt parler d’un artiste multimédia ?

En tout cas d’un artiste complet. On dit toujours : Gauguin, le peintre, mais, même dans ses écrits, il raconte que, déjà tout jeune, il taillait des petits objets avec des couteaux. Dès le début de sa pratique artistique, il s’intéresse à la manière dont l’artiste peut transfigurer les matériaux pour donner à voir son propre monde.

Quels sont les ingrédients essentiels chez Gauguin l’alchimiste ?

L’ingrédient essentiel, c’est le respect du matériau. Il en parle beaucoup. Il est vraiment très intéressé par la matérialité des choses. C’est quelqu’un qui est persuadé d’être un artiste, envers et contre tous. Malgré le fait qu’il n’a pas reçu de formation d’artiste traditionnelle. Donc comment Gauguin réussit-il à infuser dans son matériau tout son art ? Cela passe par une approche dite « primitiviste », une simplification de formes. L’alchimie de Gauguin est cette fabuleuse capacité à nous donner un monde qui n’existe pas. Le Tahiti, il le transforme et le réinvente totalement.

Que faisait-il autrement que tous les autres artistes de son époque comme Degas, Pissarro, Cézanne qu’il a connus et dont il a collectionné les œuvres ?

Il a une culture visuelle absolument remarquable. Une fois qu’il voit un motif ou quelque chose, il l’enregistre. Il a aussi une très grande liberté d’approche. Il pioche dans différentes sources, mais il se réapproprie toujours ses sources. Chez Gauguin, derrière une femme assise, il y a un atlante du temple de Dionysos ou le temple de Borobudur, mais personne ne le voit. Je pense que c’est vraiment le propre de ces grands artistes d’avoir un répertoire avec à la fois une mémoire visuelle absolument hallucinante et un répertoire de motifs finalement assez fermé.

La dernière très grande exposition sur Gauguin était en 1989. Le regard sur son œuvre, a-t-il fondamentalement changé depuis ?

L’exposition de 1989 était majeure et c’est encore une référence. Mais, aujourd’hui, on veut se séparer totalement du mythe et du génie de Gauguin pour dire : sa manière de travailler est finalement très matérielle. Elle est très ancrée dans le réel. Et cela est vraiment un marqueur de notre temps. En 1989, il y avait des gravures, mais très peu de blocs de bois qui sont finalement l’objet même à tailler de Gauguin. Nous, on voulait vraiment revenir à ça, à l’origine. Dans l’équilibre des œuvres qu’on montre, il y a 55 peintures, donc pas tant que ça. Elles viennent de ponctuer ce dialogue avec ces 29 céramiques, 35 sculptures et objets, 67 gravures, 34 dessins et 14 blocs de bois gravés. On a vraiment essayé de faire un équilibre représentatif de la quantité de production de Gauguin dans chaque discipline.

Chronologie et chiffres clés