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Cinéma Iran Culture

Publié le • Modifié le

«Téhéran Tabou», les interdits sexuels en Iran en dessin animé

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« Téhéran Tabou », du réalisateur iranien Ali Soozandeh. Camino Filmverleih / Little Dream Entertainment

Ce film qui s’attaque de front aux interdits sexuels en Iran vient de sortir en salles en France. « Téhéran Tabou », du réalisateur iranien Ali Soozandeh, aborde l’hypocrisie des mœurs autour de l’avortement, la consommation d’alcool et de drogue, la prostitution. Le tout sous forme de dessin animé.


Dès la première scène du film, le ton est donné. On y voit un chauffeur de taxi demander une faveur sexuelle à une prostituée et qui, tout en conduisant, aperçoit sa fille dans la rue et s'insurge qu'elle donne la main à un garçon. En une séquence, tout est dit de l'hypocrisie des mœurs et des inégalités hommes-femmes en Iran.

Prostitution, clips érotiques et double morale

Le réalisateur Ali Soozandeh suit une galerie de personnages qui habitent tous dans le même groupe d'immeubles : une femme qui se prostitue par nécessité vitale et qui emmène son enfant, muet, au travail. Son « protecteur » et fidèle client est un ayatollah. Un patriarche regarde des clips érotiques et zappe sur une chaîne religieuse dès que son épouse conservatrice rentre à la maison. Un jeune musicien boit, se dope, et ne rêve que de partir... Une jeune fille qu'il a déflorée lui demande de l'aider à payer l'opération chirurgicale pour lui recoudre l'hymen, car elle doit se marier...

La femme porte l’honneur de la famille

Le réalisateur quadragénaire Ali Soozandeh ne dénonce pas ses compatriotes, mais bien les faux-semblants de la morale dans son pays d'origine. « Le film montre que les interdits sexuels en Iran poussent les personnages à une double morale. Les femmes comme les hommes, les anciens comme les jeunes. Le grand-père dans le film regarde en cachette les télévisions étrangères pour des programmes coquins. Tout le monde en souffre, même si les femmes sont les plus touchées. Ce sont elles qui portent l’honneur de la famille. Un homme peut tromper sa femme, mais si c’est l’épouse, elle met en danger tout l’honneur de la famille. Et puis la femme est chargée de transmettre les règles et interdits dont elle souffre. »

« Ils trouvent que ces interdits sont normaux »

Ali Soozandeh dénonce les tabous de la société iranienne. Il libère une parole souvent étouffée, et dénonce les faux-semblants d'une morale que tout le monde semble avoir acceptée. Dans son film, il montre aussi une séquence choquante : trois jeunes gens pendus dans la rue. Et il montre les passants qui non seulement assistent à la scène, mais la filment ou la photographient avec leur téléphone portable.

« Une grande partie de la population se résigne. Ils trouvent que ces interdits sont normaux. Dans ce cas, pour pouvoir néanmoins vivre leurs histoires, ils se cachent ou se débrouillent. Finalement, ils acceptent ces limites. Pour ceux qui n’acceptent pas, il n’y a pas beaucoup de possibilités : l’exil ou le suicide. Beaucoup aimerait aller à l’étranger, mais la plupart ne peuvent pas le faire. Le plus grand danger serait d’accepter ces interdits comme quelque chose de normal. Car, après, cela peut durer longtemps. »

La rotoscopie fait vivre Téhéran à l’écran

On comprend bien que le réalisateur iranien s'attaque de front aux interdits en Iran : avortement, consommation d'alcool et de drogue, prostitution... S'il a pu filmer si librement, c'est parce qu'il vit en exil et a tourné avec une technique particulière. Ali Soozandeh habite depuis 22 ans à Cologne, en Allemagne. Il n'aurait jamais pu tourner ce film en Iran. Mais il a gardé de la famille et des amis à Téhéran. Il a utilisé des photos actuelles et des vidéos sur YouTube pour créer les décors. Car Téhéran Tabou est un film d'animation. Le cinéaste a filmé ses comédiens avec une équipe technique et sur fond vert, puis les a redessinés en les insérant dans un décor iranien.

« La technique que nous avons utilisée s’appelle la rotoscopie. Avant de nous décider, nous en avons testé d’autres : le dessin à la main, la 3D sur ordinateur ou même l’animation avec des marionnettes. Mais, cela ne fonctionnait pas. Le film parle de la vie réelle, dure, de la rue. Ce n’est pas un dessin animé destiné aux enfants. Les comédiens ont apporté une réalité au film qui le rend plus acceptable pour un public d’adultes. »

L’espoir de la nouvelle génération en Iran

Et surtout un film d'animation impossible à diffuser en Iran. Ou alors sous le manteau, sur internet... Même s'il y a des scènes comiques, le ton de Téhéran Tabou est dramatique. Ali Soozandeh laisse toutefois passer une lueur d'espoir avec le personnage de l'enfant muet qui finit, grâce aux relations de sa mère avec l'ayatollah, à obtenir une place dans une école. La nouvelle génération en Iran arrivera peut-être à changer les choses, espère le cinéaste de 47 ans qui a choisi l'exil et n'a revu ses parents que deux fois en 25 ans.

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