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Publié le • Modifié le

Prix Théâtre RFI 2017: 13 textes présélectionnés

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Suite à l’appel à candidatures pour le « Prix Théâtre RFI » 2017 qui s’est déroulé du 13 mars au 16 avril 2017, treize textes inédits ont été présélectionnés pour leurs qualités littéraires, dramaturgiques et leur originalité. Ces textes seront soumis au vote final du jury composé d’artistes et de professionnels, présidé cette année par l’écrivain Dany Laferrière.


Pour cette édition, le comité de sélection a reçu 172 candidatures en provenance de 23 pays d’Afrique, de l’Océan indien, des Caraïbes (hors France d’outre-mer), du Proche et Moyen-Orient. Le « Prix Théâtre RFI » 2017 sera remis à Limoges, dimanche 24 septembre, dans le cadre du Festival Les Francophonies en Limousin.

« Au théâtre, celui qui parle, même tout seul, s’adresse à un autre, a déclaré Mireille Davidovici qui a dirigé le comité de lecture du prix RFI Théâtre 2017. À un lecteur ou un spectateur potentiel de cette prise de parole. À nous, qui nous sommes penchés sur près de deux cents textes, envoyés d’une vingtaine de pays.

La plupart des pièces reçues par le comité de lecture pour ce quatrième prix de Radio France Internationale, lancé en 2014, présentent cette oralité toute théâtrale. D’autant qu’elles nous proviennent de pays où cette tradition subsiste, bien ancrée, bien vivante. Souvent, on n’est pas loin du conte, de la performance de griot. Avec beaucoup de trouvailles verbales et d’imagination poétique. Des langues s’inventent et dialoguent entre elles, au fil de thématiques récurrentes.

Prendre de la hauteur

Ce qui nous a frappés, c’est la force des propos à l’égard des maux qui hantent ces pays. Dictature, corruption, intolérance, exclusion, poids de traditions étouffantes, calamités de tous ordres… C’est aussi l’humour qui jaillit au fil des mots, même dans les situations les plus tragiques. Manière de prendre de la hauteur, de la distance vis-à-vis de réalités difficiles.

Plus que jamais l’exil est au cœur des préoccupations : faut-il partir ou rester ? Pourquoi risquer sa vie pour un ailleurs illusoire ? Les auteurs évoquent des voyages dangereux, des passeurs cupides, et au bout du chemin des naufrages au propre comme au figuré. Mais, souvent, l’échappée est belle, et s’ouvre sur des lendemains plus cléments, comme pour cette petite fille qui retrouve son nom perdu : Espoir…

Le théâtre qui s’écrit dans les pays du Sud ressemble à un sport de combat, au nom de valeurs telles que la justice, la solidarité, la fraternité… Et il s’en dégage une énergie roborative qui fait mouche.

Si beaucoup de textes restent imparfaits ou à l’état d’esquisses, on ne peut être indifférents à ce qu’ils nous disent, chacun à sa manière.

Un idiom commun, aux accents divers

Merci à celles (encore trop peu nombreuses) et ceux qui nous ont ouvert leurs pages, composant un grand atlas où s’entendent les rumeurs et les remous qui agitent ces mondes si lointains et pourtant si proches les uns des autres. Car ils s’expriment dans un idiome commun, mais aux accents divers. Colère, amertume, revendications, analyses politiques, mêlant souvent le rire au tragique, l’émotion à la dérision, la bonne humeur à la rage, la cruauté à la farce. Une bonne dose de fantaisie poétique pour pimenter. Ce panachage des genres, cette variété de tons, cette énergie verbale font souffler un vent de liberté sur la vieille langue française.

Le choix a été difficile et, comme tout choix, douloureux. Il a demandé beaucoup de temps et une attention rigoureuse, faisant peu cas de fautes de syntaxe ou d’orthographe. S’attachant tant au fond qu’à la forme. Il s’agissait d’écouter des paroles à bout portant, et de les faire entendre… Pour que leurs échos parviennent jusqu’aux oreilles des auditeurs et des spectateurs. Au jury qui lira les pièces finalistes d’en décider. »

La sélection 2017 :

- Reconstruction(s) de Noé Beaubrun (Haïti)
Le président d'Haïti s'est retiré dans l'unique bibliothèque du pays et depuis trois ans passe son temps à lire et à philosopher « pour se reconstruire ». Le peuple se plaint de cette inaction par la voix de l’opposition tandis que les ministres s’emploient à ne rien faire pour se reconstruire pour leur propre compte avec l’argent des impôts et des ONG… Le public est appelé à participer aux péripéties de cette farce politique qui brocarde un régime immobile et corrompu depuis des décennies.

- Quai des ombres de Faubert Bolivar (Haïti)
Après le tremblement de terre en Haïti, des personnages errent dans les ruines, au milieu des fantômes. Fauchés en pleine vie. Déjà happés, morts-vivants, par le chœur des ombres...

- La poupée barbue d’Edouard Elvis Bvouma (Cameroun)
Une petite fille s'adresse au garçon qui l’a sauvée des griffes des rebelles. Ce monologue évoque, en mots imagés, les sévices qu’elle a subis en tant qu'enfant soldat. En possession d'une arme, elle veut participer au combat pour se venger : « Je veux jouer à la guerre/ Je veux un nom de guerre… » Une langue rythmée, qui crache comme des salves de kalachnikov, et qui provoque l’émotion.

- Verso Recto de Sylvie Dyclo-Pomos (Congo)
Un homme et une femme hantent le cimetière face à une boîte de nuit et un commissariat de police. Fauchés par la violence, ils sont morts et, loin d’avoir trouvé la paix, réclament vengeance pour que cessent les crimes que les humains continuent à perpétrer. « Les vivants ont maîtrisé l’art de tuer, les macchabés ont compris l’art de vivre. » Telle est la conclusion de cette pièce dont l’humour macabre dénonce la folie des hommes.

- Arènes intérieures de Kokouvi Dzifa Galley (Togo)
Un homme se prépare au combat. Le jeune coq affronte en corps à corps le frère de celle qu'il aime. Il espère, par sa victoire, gagner malgré tout le cœur de l’aimée. Retour aux vestiaires. Le jeune homme a perdu et crache sa désillusion. Rythmé, percutant, dans un style ramassé et musclé, un long poème épique et guerrier qui ne débande pas.

- La rue bleue de Sedjro Giovanni Houansu (Bénin)
Un jeune homme traverse, en pleine nuit, dans sa grosse voiture, un quartier délabré de la ville. Il crève et demande au vulcanisateur de réparer son pneu. Que vient faire ce bourgeois dans ces bas-fonds dangereux, infestés de malfrats et de milices ? Une veille femme aveugle, un peu sorcière fait jaillir la voix intérieure de l’homme qui révèle aux lecteurs les raisons de sa présence, tandis qu’une bande armée est à ses trousses. Un texte dense, étrange, fortement ancré dans l’ambiance et la vie d’un quartier.

- Délestage de David-Minor Ilunga (RDC)
Un homme qu’on s’apprête à expulser raconte. Pris pour un terroriste, il a été arrêté, sans papiers, puis interrogé par deux flics dans un centre de détention. La juge à laquelle il adresse son récit l’interroge à son tour : « C'est une maladie chez vous, improvisée ? Vous n'avez jamais de plan ? Pourquoi j'y vais, comment j'y vais, avec quoi j'y vais, qu'est-ce que je vais y trouver, comment je vais y vivre, où, quand, combien de temps ? » Il lui explique : « Comment ça pas de plan ? Ça se résume à l'instant : survie-survie et survie. C'est comme ça quand on vit dans une société de délestage, m'dame. » L’homme finit par regretter son pays qu'il a pourtant fui pour « se débrouiller » en Belgique.

- Là-bas de Fidèle Kofi (Côte d’Ivoire)
Sur le point d’être embarqué de force dans un avion en partance pour le « Continent Pistolet », un sans-papiers hargneux est gardé dans un commissariat par un flic noir raciste et armé, le temps que finisse la grève de vingt-quatre heures à l’aéroport. Mais la froide et solitaire nuit est longue pour les deux hommes. Ils vont s’affronter : leurs échanges menés sur un tempo énergique ménagent des retournements de situations qui font du dialogue un moteur de l'action.

- Les invisibles de Hicham Lasri (Maroc)
Dans un hall d’immeuble, en France. Un maçon arabe a l’impression de devenir invisible. Il croise une voisine délaissée, puis un homme qui ne vit que la nuit et un autre qui voit disparaître les a tout ce qu’il regarde… Une voix homme -le narrateur- introduit l’action, accompagne ces personnages, les décrit, commente… : une métaphore cruelle sur la solitude des petites gens dans une société qui les nie… Ce monologue poignant évoque la dure condition des femmes.

- Longues sont mes nuits de Faustin Keoua Leturmy (Congo)
Une mère veille son enfant brûlant de fièvre. Elle lui conte sa malheureuse histoire : abandonnée par son compagnon, répudiée par ses parents, elle n'a plus de quoi nourrir ses deux petits garçons.

- Le tableau pas complet de Mylene Ntamengouro (Burundi)
Une petite fille se réveille au milieu de nulle part. Elle rencontre un vieil homme, qui l’attend depuis longtemps. Pour comprendre ce qui lui arrive, elle doit le suivre. Ce parcours est ponctué par un conte que lui raconte un jeune garçon. Pour finir, elle retrouve son nom. Le puzzle est enfin reconstitué. Espoir de voir les lauriers repousser, comme dans la chanson qui démarre et clôt cette pièce onirique et poétique.

- Debout un pied de Denis Sufo Tagne (Cameroun)
Dans un port, au bout d’une jetée, une femme attend un bateau. Un homme se joint à elle pour profiter du passage… La conversation tourne autour de l'état du pays, de la nécessité de le quitter. Et des embûches du voyage. Or le passeur s’avère être un ami de l’homme, disparu sans laisser d’adresse, mais qui n’est en fait jamais parti… Vont-ils enfin tous embarquer ? L'Indéfini – l’auteur- introduit et commente l'action et manipule ses personnages. Il introduit une ambiance trouble qui maintient la tension dramatique jusqu'au bout.

- Mille et une femmes de Constantin Liberté Kouam Tawa (Cameroun)
L’auteur évoque la femme dans tous ses états : une longue liste de courtes phrases, chacune introduite par « Celle qui ». « Une pièce- matériau, précise-t-il, qui tient aussi bien du théâtre que de la griotique, pour autant d’acteurs que possible. » Très poétique, rythmée, cette énumération polyphonique appelle une réalisation scénique chantée-parlée, musicale et chorégraphique.

Jury 2017 :
Président : Dany Laferrière (écrivain).
Avec : Anne Alvaro (comédienne), Ousmane Aledji (auteur, metteur en scène, conseiller culturel du Président de la République du Benin, chargé du suivi des projets), Hortense Archambault (directrice de la MC93), Denise Chalem (comédienne, auteure et metteure en scène / SACD), Claire David (directrice des Éditions Actes Sud-Papiers), Hassane Kassi Kouyaté (metteur en scène, acteur, directeur de la scène nationale de Martinique), Muriel Maalouf (journaliste à RFI), Gaelle Massicot Bitty (responsable Pôle Spectacle vivant et Musiques de l’Institut français), François Rancillac (directeur du Théâtre de l’Aquarium), Lorraine de Sagazan (metteure en scène, artiste associée au CDN de Normandie-Rouen), Marie-Agnès Sevestre (directrice du Festival des Francophonies en Limousin).

À propos du « Prix Théâtre RFI » :
Le « Prix Théâtre RFI » a pour objectif de promouvoir la richesse des écritures dramatiques contemporaines francophones du Sud et de favoriser le développement de carrière de jeunes auteurs, écrivant en français. RFI et ses partenaires offrent au lauréat un soutien professionnel et une exposition médiatique à travers une dotation financière attribuée par la SACD ; l'organisation d'une résidence en France, à la Maison des Auteurs de Limoges et au Théâtre de l’Aquarium avec le collectif A mots découverts, financée par l'Institut français ; une résidence de travail au plateau suivi de lectures publiques au CDN Normandie-Rouen qui rejoint cette année les partenaires du Prix, une promotion du texte et une mise en ondes sur les antennes de RFI.

Le « Prix Théâtre RFI » est organisé en partenariat avec le Festival des Francophonies en Limousin, l’Institut français, la SACD, le théâtre de l’Aquarium et le CDN Normandie-Rouen. Ce prix poursuit l’engagement de RFI dans la création théâtrale après le succès des cycles de lectures en public organisés au Festival d’Avignon et diffusés sur les antennes Ça va, ça va l’Afrique ! (2013) et Ça va, ça va le monde ! (2014, 2015, 2016, 2017).

En 2014, le « Prix Théâtre RFI » a récompensé Chemin de fer, le texte de Julien Mabiala Bissila, jeune auteur congolais, en 2015 l’auteure libanaise Hala Moughanie pour Tais-toi et creuse et en 2016 le Guinéen Hakim Bah pour Convulsions.

Chronologie et chiffres clés