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Publié le • Modifié le

Le nouveau Grand Palais du photojournalisme sur la Grande Arche de la Défense

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Jean-François Leroy entouré des photos de Stephanie Sinclair dans la nouvelle Arche du photojournalisme sur la Grande Arche de la Défense, Paris. Siegfried Forster / RFI

Un endroit incroyable. Une ambition folle. Frissons garantis. L’Arche du photojournalisme vient d’être inaugurée ce 15 juin à Paris, sur le toit de la Grande Arche de la Défense. Le concept ? 1200 mètres carrés de ce Grand Palais au 35e étage seront à chaque exposition dédiés aux images d’un seul photojournaliste encore vivant. L’ouverture est assurée par le travail extraordinaire et de longue haleine de la photographe américaine Stephanie Sinclair sur les mariages forcés. Le directeur artistique de l’Arche, Jean-François Leroy, l’œil mondial du photojournalisme et fondateur du festival mythique Visa pour l’image, nous explique les défis de ce nouveau lieu artistique, financé par des fonds privés. Entretien.


RFI : L’ouverture de l’Arche du photojournalisme, que va-t-elle changer pour les photojournalistes ?

Jean-François Leroy : Déjà, cela va leur permettre d’exister un peu mieux. Quand on regarde le travail sur 15 ans de Stephanie Sinclair sur les petites filles qu’on marie, penser que ce travail n’ait jamais été exposé à Paris, je trouve que l'on comble un manque. Je ne sais pas si cela va changer la vie des photojournalistes, mais au moins, cela va leur permettre d’exister un peu mieux.

Aujourd’hui, la plupart des photos circulent par Facebook, Twitter, Instagram, Pinterest… pourquoi encore construire un lieu pour exposer du photojournalisme sur des cimaises ?

D’abord, ici, la qualité des tirages est quand même autre chose que de voir cela sur un smartphone pourri. Deuxièmement : oui, des photos circulent sur internet et les réseaux sociaux, mais est-ce que cela rapporte de l’argent aux photographes ? Non. Or, il faut que les photographes gagnent de l’argent pour pouvoir continuer à travailler. Vous pouvez dire à votre banquier : j’ai 50 000 followers, mais cela ne va pas payer votre loyer.

Les photos de Stephanie Sinclair inaugurent la nouvelle Arche du photojournalisme sur la Grande Arche de la Défense, Paris. Siegfried Forster / RFI

L’Arche du photojournalisme ouvre avec la photographe Stephanie Sinclair. Est-elle emblématique pour la situation et les défis du photojournalisme d’aujourd’hui ?

Elle est emblématique, parce que le travail de Stephanie Sinclair s’étale sur presque 15 ans. Il avait besoin d’un espace aussi majestueux pour pouvoir se dérouler. L’air de rien, là, vous avez 175 photos, avec des légendes, des textes de présentation, chapitre par chapitre. Je pense que ce déroulement dans cet espace magique permet à Stephanie de réellement exposer son travail. Je la connais depuis longtemps et je suis toujours bouleversé par certaines de ses images. Moi, sur un écran smartphone, cela ne me fait pas le même effet. Il y a la sensualité du tirage et le déroulé de cette histoire. On est trop dans une civilisation où l’on pense qu’une image résume une histoire. Non, une image ne résume pas une histoire.

Vous êtes le fondateur et directeur du Festival international du photojournalisme Visa pour l’image à Perpignan, aujourd’hui vous avez créé cet immense espace qui surplombe Paris. À l’horizon, quel est le plus grand défi que vous voyez pour le photojournalisme les prochains cinq ans ?

De trouver des moyens de survivre. Stephanie Sinclair l’a très bien dit : elle a commencé ce projet grâce à des commandes de magazines et aujourd’hui, il n’y a plus aucun magazine qui va lui commander des choses. Donc il va falloir trouver, réinventer des systèmes pour que les photographes puissent continuer à partir. C’est pour cela qu’il y a de plus en plus de bourses, de prix, de fondations qui se lancent dans des projets photographiques.

Jean-François Leroy devant une photo de Stephanie Sinclair dans la nouvelle Arche du photojournalisme sur la Grande Arche de la Défense, Paris. Siegfried Forster / RFI

► Lire aussi : Stephanie Sinclair, photographe engagée contre les mariages forcés

L’Arche du photojournalisme, à la Grande Arche de La Défense, Paris. L’exposition inaugurale « Too Young to Wed », de Stephanie Sinclair, est présentée jusqu’au 24 septembre.