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Hong Kong Chine Carrie Lam

Publié le • Modifié le

Hong Kong: le timide pas en avant de Carrie Lam rejeté par les protestataires

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La cheffe de l'exécutif hongkongais, Carrie Lam, lors de sa conférence de presse du 20 août 2019. REUTERS/Ann Wang

Après la grande manifestation pro-démocratie de dimanche à Hong Kong, la cheffe de l'exécutif a tenu ce mardi 20 août une conférence de presse sur un ton plus conciliant. Mais Carrie Lam a-t-elle lâché du lest pour autant ? En tout cas, le principal groupe derrière les grandes manifestations a réagi très vite et négativement.


Sa parole se faisait rare. Carrie Lam a enfin répondu aux manifestants. Elle annonce que l'exécutif travaille à « deux champs importants ».

Le premier consiste en « une importante étude factuelle, qui s'ajoute à un système très robuste d'enquête et d'examen des plaintes contre la police au cours de cette longue période d'affrontements et de violences ». Elle ajoute, sur ce sujet, qu'il revient « au Conseil indépendant d'examen des plaintes contre la police de créer une étude factuelle sur les causes et les faits de ces incidents ». Un conseil indépendant... qui est en fait une sorte de police des polices. 174 plaintes ont été déposées contre la police depuis le début du mouvement début juin.

Le second champ, a poursuivi la dirigeante, « va nous offrir une bien meilleure base pour exprimer les inquiétudes et les différences dans la société, c'est que nous allons lancer immédiatement une plateforme de dialogue avec la population de tous les milieux. C'est quelque chose que nous voulons faire d'une façon très sincère et humble. »

Aucune concession et beaucoup de prudence

Carrie Lam n'a donc fait aucune concession aux manifestants, comme, par exemple, ouvrir une enquête véritablement indépendante sur les violences policières. Ces annonces ne sont qu'un timide pas en avant. « Elle essaie de nouer un dialogue avec le mouvement. Mais elle le fait avec beaucoup de prudence, beaucoup de réserves, puisque sur deux points elle n'a pas du tout bougé : elle ne veut pas définitivement retirer le projet de loi d'extradition et elle ne veut pas véritablement constituer une commission d'enquête indépendante sur les violences policières ; c'est plutôt un arrangement du système actuel », estime Jean-Pierre Cabestan, professeur de sciences politiques à l'université baptiste de Hong Kong.

Mais l'enseignant positive : « le point positif qu'il faut peut-être retenir, c'est l'acceptation d'un dialogue avec le public, avec la société. Maintenant, il faudra voir comment ce dialogue sera organisé et quelle forme il va prendre, ce qui reste très vague. »

Rejet total du Front civil

Sitôt formulée, la proposition de plateforme de dialogue a été rejetée par le principal groupe derrière les grandes manifestations pacifiques. Il y a bien longtemps que la confiance est rompue avec l’exécutif.

Ils n’ont d'ailleurs pas attendu bien longtemps avant de réagir, atteste notre correspondante sur place, Ablaa Jounaïdi. Les membres du Front civil pour les droits humains, l’organisation des grandes marches de juin et du rassemblement de dimanche dernier, ont fermé la porte à Carrie Lam.

Cette plateforme de dialogue proposée par la Première ministre est pour eux un « piège » disent-ils et une « perte de temps ». « Nous ne croyons pas à ces mensonges » ont-ils ajouté.

Il faut dire que les militants pro-démocratie ont déjà expérimenté l’intransigeance de Carrie Lam en 2014, lors du grand mouvement d’occupation du centre-ville, lorsqu’elle n’était que numéro 2 du gouvernement. Les principaux leaders du mouvement avaient fini par être arrêtés.

Depuis, les organisations rechignent à se choisir des représentants face aux autorités. Quoi qu’il en soit, pour les membres du Front civil pour les droits humains, il n’y a pas de dialogue possible tant qu’aucune de leurs revendications n’est satisfaite.

Outre la démission de la Première ministre, ils ont demandé le retrait total et non simplement la suspension du projet de loi sur les extraditions vers la Chine. Quant à la revendication pour une enquête indépendante sur les violences de la police, Carrie Lam estime y répondre en proposant une enquête administrative approfondie. Insuffisant pour les membres du Front civil pour les droits humains.

Les Hongkongais pas convaincus

En attendant, les Hongkongais accueillent diversement cette prise de parole de Carrie Lam. Pour Sam, c’est un bon point : « nous devons régler nos problèmes maintenant de façon pacifique et écouter tous les points de vue. Parce qu’on vit un conflit », explique-t-il au micro de notre envoyée spéciale à Hong Kong, Aabla Jounaidi.

Cindy, elle, retient surtout que Carrie Lam n’a pas enterré le projet de loi sur les extraditions vers la Chine. La mèche qui a déclenché le conflit. « Pourquoi laisser à la Chine le droit de venir récupérer qui elle veut ici à Hong Kong ? Depuis deux mois, les gens et la police se font la guerre. Est-ce que le gouvernement peut y faire quelque chose ? Oui ! Je ne sais pas pourquoi il lui faut autant de temps pour régler ça », déplore-t-elle.

Impopulaire chez beaucoup de Hongkongais, Carrie Lam n’a rien fait pour arranger son image pour Jackie qui a pris part au rassemblement géant de dimanche. « Je trouve qu’elle n’a aucune compassion. Lundi soir, des personnes se sont fait poignarder dans le centre-ville. Elle n’en a même pas parlé. On dirait qu’elle ne s’intéresse pas aux gens de Hong Kong ».

Le refus de Carrie Lam de se prononcer pour une commission d’enquête dirigée par un juge indépendant sur les violences policières ne redorera pas non plus son image chez les manifestants.

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