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Corée du Sud Corée du Nord

Publié le • Modifié le

Corée du Sud: la patrouille des tentes surveille les parcs de Séoul

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Le parc Yeoudio, à Séoul, envahi de tentes au dernier jour des vacances de Chuseok, le 26 septembre 2018. Ed Jones / AFP

Pas de bisous sous la tente ! Une régulation étonnante, entrée en vigueur fin avril à Séoul, interdit les tentes fermées dans les nombreux parcs de la capitale. La raison avancée par les autorités : certains couples profiteraient de ces tentes pour prendre un peu trop de bon temps. Depuis, la controverse enfle, les critiques fusent, et les éditorialistes s’en mêlent.


Il faut savoir que les Séouliens sont pris d’une nouvelle passion : le camping de jour. Les week-ends, dans les parcs publics ou le long du fleuve Han, ils sont des dizaines de milliers à passer la journée, en famille ou entre amis, sous de petites tentes. C’est une façon de se reposer à l’ombre, de s’offrir un répit au beau milieu de la bouillante mégalopole coréenne. Ces tentes offrent aussi un peu d’intimité aux couples, et les jeunes, qui vivent en général chez leurs parents jusqu’au mariage, en profitent.

Ce qui n’est pas du tout au goût des autorités et de certains citoyens, outrés par ces « marques d’affection excessive montrées en public », et par les bruits embarrassants parfois entendus sous les tentes... La mairie a donc décidé fin avril d’obliger toutes les tentes de Séoul à avoir au moins deux côtés qui restent ouverts. Et tout camping est interdit après 19 heures. Amende prévue pour les délinquants planteurs de tentes fermées : 800 euros.

Une règle bien appliquée

La mairie de Séoul fait vraiment appliquer ces règles. Une police des tentes, dotée de 230 fonctionnaires, patrouille les parcs et les berges du fleuve pour s’assurer que la loi est respectée, les tentes ouvertes, et la morale sauve.

La municipalité justifie aussi sa décision en expliquant qu’elle veut lutter contre le nombre croissant de campeurs qui jettent leurs détritus sur le gazon. Elle a du mal à gérer le succès énorme de ses parcs : en 2018, les onze parcs le long des berges ont attiré 71 millions de visiteurs, un nombre de visiteurs qui ne cesse d’augmenter.

Mais son interdiction des tentes fermées au nom de la morale fait couler beaucoup d’encre dans la presse locale et internationale : jusqu’au quotidien américain Wall Street Journal, qui a publié un article dans lequel les loueurs de tentes de Séoul expriment leur indignation : « mes clients disent que ces règles sont communistes », martèle l’un d’entre eux, qui a vu ses revenus chuter de 60%.

Une loi très critiquée

Les Séouliens sont divisés : certains approuvent, d’autres critiquent ce couvre-feu et ces mesures qui leur rappellent… la Corée du Nord. Sur les réseaux sociaux, des internautes persiflent et rappellent que ce n’est pas avec de telles règles que la Corée du Sud va relancer sa natalité en berne.

Dans la presse coréenne, des campeurs parlent de violation de leur vie privée : « ce n’est pas à la mairie de surveiller ce que font les gens dans les tentes », s’insurge une Séoulienne dans le Korea Times.

Dans le même journal, un éditorialiste rappelle aussi que la société sud-coréenne est encore très pudibonde et que les cours d’éducation sexuelle sont insuffisants et défaillants, notamment en matière de contraception. Et il conclut : « il est temps d’ouvrir un débat en Corée du Sud sur les règles liées au sexe... et à tout ce qui va avec. » Un débat qu’on pourrait peut-être organiser sous une grande tente, qui sait ?

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