rfi

À l'écoute
  • Direct Monde
  • Direct Afrique
  • Dernier journal Monde
  • Dernier journal Afrique
  • Dernier journal en Français facile
  • Dernier journal Amériques - Haïti

Malaisie

Publié le • Modifié le

Malaisie: élu au Parlement, Anwar Ibrahim revient dans la course au pouvoir

media
L'homme politique malaisien Anwar Ibrahim célèbre sa victoire à la législative partielle de Port Dickson, le 13 octobre 2018. REUTERS/Lai Seng Sin

En Malaisie, une petite élection marque le retour officiel en politique d'une grande figure. Samedi 13 octobre, Anwar Ibrahim a remporté une victoire confortable à une élection partielle, et il va pouvoir revenir siéger au Parlement qu'il avait quitté il y a trois ans, lorsqu'il avait été emprisonné. Tête de proue de l'opposition ces deux dernières décennies, il devrait normalement être le prochain Premier ministre malaisien.


Avec notre correspondante à Singapour, Carrie Nooten

Pour Anwar Ibrahim, c’est un pas de plus vers le poste de Premier ministre. En gagnant samedi soir l'élection partielle de Port Dickson, l'homme politique malaisien a sécurisé un siège de député - et devient de facto premier ministrable.

C'est un énième retour en grâce d'Anwar, qui a été Premier ministre de Malaisie à la fin des années 90, avant d'être reconnu coupable de sodomie deux fois, d'abord en 1998 puis en 2015. Des accusations motivées selon lui pour saboter sa carrière, et qui lui ont valu deux emprisonnements.

C'est d'ailleurs de prison en mai dernier qu'il s'est allié avec son ancien mentor puis ennemi juré, Mahathir Mohamad. Leur coalition Pacte de l'espoir a permis de battre dans un scrutin historique le parti au pouvoir depuis la décolonisation. Et Mahathir, 93 ans, a pris la tête du pays en ayant promis de céder rapidement sa place à Anwar, une fois celui-ci libéré.

L'élection partielle de Port Dickson s'est inscrite dans cette logique : son prédécesseur avait démissionné pour provoquer ce scrutin, et permettre à un Anwar Ibrahim gracié de concourir et revenir officiellement dans la course politique. Malgré une participation moyenne, Anwar a largement battu les six autres candidats.

Il a notamment bénéficié du soutien des poids lourds politiques du pays; et contrairement à ce qu'il avait annoncé, l'actuel chef du gouvernement Mahathir Mohamad a fait le déplacement pour un meeting de campagne en sa faveur. Une surprise qui a certainement pesé sur le scrutin. Anwar Ibrahim devrait siéger au Parlement dès demain.

Une revanche compliquée

Cette victoire est une revanche importante pour Anwar Ibrahim, explique David Delfolie, enseignant à Sciences Po Lille et co-directeur de l'Institut de recherche Pondok Perancis en Malaisie « C’est une suite logique de la séquence qui a lieu depuis le mois de mai. D’abord avec le pardon royal. Ensuite - deuxième étape -, il a récupéré la présidence de son parti, non contestée. Donc il était le seul candidat. Et là, c’était annoncé déjà depuis le mois de mai qu’il allait tôt ou tard retrouver un siège. »

Mais le chercheur nuance et prévient : la suite s'annonce tout de même difficile pour Anwar Ibrahim. « Quand on regarde un peu plus en infra et qu’on regarde à l’intérieur de son parti comment les choses se passent, ce n’est pas aussi simple que ça. Il ne fait pas du tout l’unanimité ! Normalement, le scénario officiel était écrit comme ça, Mahathir va lui laisser un moment la place pour qu’il puisse accéder au poste de Premier ministre et cette étape-là est loin d’être faite. »

« Mahathir, en coulisse, il n’a pas très envie de ce scénario, poursuit David Delfolie. Il y a une autre inconnue aussi, c’est qu’on ne sait pas combien de temps Mahathir va rester. J’ai plusieurs membres du gouvernement qui m’ont carrément dit : "nous, on espère qu’il va rester plus de deux ans. On sait à qui on a affaire. C’est un gage de stabilité et de réussite, peut-être, à moyen terme pour la coalition" ».

Anwar Ibrahim a tellement changé le discours pendant sa carrière, il a parfois des idées qui sont contestées, contestables. [...] C’est quelqu’un qui est très clivant. Donc il suscite parfois beaucoup, beaucoup d’adhésion, mais aussi beaucoup, beaucoup de rejet.

David Delfolie

enseignant à Sciences Po Lille et co-directeur de l'Institut de recherche Pondok Perancis en Malaisie.

14/10/2018 - par Marie Normand Écouter