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Publié le • Modifié le

Afghanistan: le photojournaliste Shah Marai, énième victime de l'EI

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Notre confrère Shah Marai, photographe de l'AFP, en 2013 dans un hélicoptère avec les forces de l'Isaf (Otan). Ben Sheppard / AFP

Un double attentat-suicide, ce lundi 30 avril 2018, a fait au moins 25 morts et 49 blessés à Kaboul. L'attaque a été revendiquée par le groupe EI. Une première explosion a eu lieu près des bâtiments des services de renseignement. Alors que les forces de sécurité, les secours et la presse affluaient sur les lieux, un homme se faisant passer pour un journaliste a ensuite déclenché son gilet explosif. Neuf journalistes ont été tués. Parmi eux, le chef du bureau photo de l'AFP. Portrait.


Afghan de 48 ans, « Shah Marai disait avoir vu tant de cadavres depuis qu'il travaillait pour l'AFP qu'il n'en dormait plus la nuit », relate ce lundi son bureau à Kaboul, forcément le cœur noué. Chef photographe de l'Agence France-Presse en Afghanistan, il a finalement lui-même perdu la vie dans un attentat-suicide de l'EI. Triste épilogue d'un témoin privilégié des tourments sans fin de son pays.

Il avait été l'un des rares à couvrir l'Afghanistan dans les mois qui ont précédé le départ des talibans. De nombreux hommages lui sont rendus ce lundi par ses confrères de par le monde et par des personnalités politiques du pays. Il avait commencé à travailler pour l'agence de presse française en 1996, en tant que chauffeur-fixeur, et ces derniers temps, il se disait très pessimiste sur la situation du pays.

« C'est le temps de l'angoisse, je n'ai jamais senti si peu de perspectives, je ne vois pas d'issue », écrivait-il en octobre 2016 sur le blog de l'AFP, dans un billet retraçant son parcours et, par là même, celui de l'Afghanistan. L'immense espoir lors de la fuite des talibans en 2001, puis le début de leur retour quelques années plus tard... et finalement l'espoir s'amenuisant, « la fin de la fête », écrivait-il.

Charismatique et courageux, selon ses collègues, Shah Marai avait très vite, à ses débuts à l'AFP, commencé à faire des photos avec succès. En 2000, quand les étrangers quittent Kaboul, lui et ses collègues afghans se retrouvent en première ligne. Il travaille caché, risque sa vie à chaque cliché. Et devient correspondant de l'agence française à partir de 2002.

Shah Marai à Kaboul, photographie non datée. AFP

« Ses grands yeux bleu très clair, la blague toujours prête à fuser »

« Parce qu'il écoutait de la musique au volant (...), les talibans, alors au pouvoir et qui le permettaient pas, l'avaient roué de coups. Dix ans plus tard, il en avait encore des séquelles, avant d'être opéré à l'étranger en 2012. Shah Marai a obtenu sa revanche sur les "étudiants en religion" en annonçant le 7 octobre 2001 pour l'AFP les premiers bombardements américains », écrit son bureau.

Shah Marai laisse derrière lui deux épouses et six enfants, dont une fillette âgée de quelques semaines. Il sortait rarement avec sa famille par crainte des voitures piégées, expliquait-il. En mars 2014, un autre journaliste de l'AFP, son ami Sardar Ahmad, avait été tué avec sa femme et deux de leurs trois enfants dans un hôtel pourtant très sécurisé de Kaboul. Les talibans avaient revendiqué l'attaque.

En 2015, le groupe Etat islamique s'installe à son tour en Afghanistan, et multiplie les attentats. L'air est irrespirable mais notre confrère continue. En 2016, à Paris, il décrira « ses nuits sans sommeil » passées à fumer. Depuis début 2018, pas moins de huit attaques terroristes ont frappé la capitale afghane. Ce seront au final les jihadistes de l'EI qui auront raison de sa détermination.

« Shah Marai, ses grands yeux bleu très clair, la blague toujours prête à fuser, et son titre autoproclamé de "champion du bureau de Kaboul" de ping-pong, ont été tués lundi lors d'un double attentat-suicide dans la capitale », écrivent ses collègues. « Nous sommes dévastés », confie Michèle Léridon, directrice de l'information de l'AFP.

C’est une situation malheureusement extrêmement dégradée. Plus de 34 journalistes tués dans l’exercice de leur fonction depuis début 2016. Des régions d’Afghanistan transformées en trous noirs de l’information. Il est vraiment urgent que l’ONU prenne des mesures. (…) Il faut envoyer un signe à la communauté internationale, aux protagonistes locaux, à ceux qui soutiennent les prédateurs de la liberté de la presse. Ce signe est essentiel si on veut faire arrêter de tels crimes contre les journalistes.
Christophe Deloire secrétaire général de Reporters Sans Frontières 30/04/2018 - par Juliette Gheerbrant Écouter

Double attentat meurtrier à Kaboul, un photographe de l'AFP parmi les victimes

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