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Japon Justice Religion Terrorisme

Publié le • Modifié le

Tokyo: 23 ans après, l'attaque au gaz sarin fait bruisser les réseaux sociaux

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Un autel pour les victimes de l'attentat au gaz sarin de 1995 dans le métro tokyoïte, le 20 mars 2018. Toshifumi KITAMURA / AFP

Il y a 23 ans, la secte Aum se livrait à la première attaque terroriste à l’arme chimique dans un grand centre urbain, Tokyo. Elle répandait du gaz sarin dans le métro de la capitale japonaise. Cet attentat avait fait 13 morts et plus de 6 000 blessés.


Avec notre correspondant à Tokyo, Frédéric Charles

Sur les réseaux sociaux japonais, ce 23e anniversaire de l’attaque au gaz sarin dans le métro de la capitale Tokyo suscite des réactions plus nombreuses que les années précédentes. Le Japon s’apprêterait en effet à pendre le gourou de la secte Aum, Shoko Asahara, et douze de ses disciples condamnés à mort pour cet attentat.

Au terme de procès-fleuves, ces derniers ont été transférés de leurs cellules d’une prison de Tokyo vers cinq centres de détention différents. Le gourou Shoko Asahara reste, lui, dans la capitale. Les spéculations vont bon train chez les internautes japonais après ces transferts. Ces centres de détention sont en effet équipés pour procéder aux exécutions par pendaison.

Exécution avant les JO 2020

Des juristes expliquent que celles-ci devraient avoir lieu cette année. Tous les recours judiciaires ont en effet été épuisés. Selon d’autres, le gouvernement souhaiterait procéder aux exécutions avant les Jeux olympiques de Tokyo de 2020. Les condamnés à mort au Japon vivent dans un isolement total et ne sont prévenus de leur exécution qu’au dernier moment et leurs familles le lendemain.

Avec les Etats-Unis, le Japon reste le seul pays industrialisé à appliquer la peine capitale. Sur les réseaux sociaux, les Japonais semblent favorables dans leur écrasante majorité à l’exécution du gourou de la secte Aum et de ses disciples. Ces derniers se réclamaient de Bouddha et de Shiva, le dieu hindou de la destruction. Ils citaient Hitler et présentaient une vision apocalyptique de l’avenir.

Ils ont par ailleurs commis d’autres crimes. Dix mois avant celle de Tokyo, une première attaque au gaz sarin à Matsumoto, dans le centre du pays, avait déjà fait sept morts. La secte est aussi responsable de l'assassinat d’un avocat, de sa femme et de leur enfant en bas âge. Au total, elle totalise 26 meurtres en incluant ceux de ses membres rebelles.

Expertise en poison

Sur Internet, une association de victimes des crimes de Aum ne s’oppose pas à l’exécution du gourou. Mais elle demande au ministère de la Justice de maintenir en vie ses douze disciples car ils peuvent s'avérer utiles dans la prévention d’attentats terroristes à l’arme chimique.

L’an dernier, Anthony Tu, un toxicologue spécialiste des armes chimiques a ainsi rencontré un médecin de la secte condamné à mort pour discuter avec lui de l’assassinat en Malaisie du demi-frère du leader nord-coréen Kim Jong-un avec un poison, le VX, encore plus mortel encore que le gaz sarin. Or, la secte Aum avait des liens avec la Corée du Nord.

Un danger encore vivace

Vingt-trois ans après l’attaque au gaz sarin dans le métro de Tokyo, la secte Aum continue d’attirer des fidèles au Japon et d’inquiéter les autorités. Les internautes s’interrogent sur la protection dont jouissent les sectes au Japon, où il existe un respect sourcilleux de la liberté de religion, en réaction aux excès du régime militariste d’avant-guerre qui ne reconnaissait qu’une religion d’Etat, le shinto.

Aum a ainsi été rebaptisé Aleph et l'une des filles du gourou reste très dévouée à son père. L’influence de Shoko Asahara reste grande sur les centaines de membres que compte aujourd’hui la secte. Son exécution risquerait d’entraîner des suicides ou d’autres attentats. Des craintes qui se sont aussi exprimées sur les réseaux sociaux.