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Chine Etats-Unis Réseaux sociaux Internet Donald Trump

Publié le • Modifié le

Chine: la Grande Muraille numérique de la censure ne concerne pas Trump

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Donald Trump en Chine, lors de la cérémonie de bienvenue, le 9 novembre 2017. REUTERS/Damir Sagolj

Le président Donald Trump est en visite en Chine depuis mercredi 8 novembre, et il a tweeté depuis Pékin alors même que ce réseau social est interdit sur le territoire. Bien évidemment le président américain a vanté l'excellent accueil qui lui a été réservé. Mais son addiction et surtout son utilisation de Twitter sur le territoire chinois ne sont pas passées inaperçues.


Tout comme pour Facebook, Youtube et WhatsApp, en Chine, officiellement, on ne peut pas se connecter à Twitter. Mais en fait quiconque travaille, voyage ou milite en Chine le sait : pour contourner l'interdiction, il suffit de passer par un VPN. Un VPN c'est une technologie qui permet de se connecter à un réseau situé dans un autre pays, ce qui vous ouvre les portes de Twitter et vous rend quasi indétectable sur la Toile.

Le président américain, lui, n'a pas besoin de VPN. Il a à sa disposition tous les moyens technologiques les plus sophistiqués du monde pour outrepasser, où qu'il se trouve, n'importe quel blocage virtuel, et ce de manière ultra-sécurisée pour éviter que son téléphone portable ou son ordinateur ne soient piratés. Et bien évidemment on se doutait qu'il ne bouderait pas son plaisir de tweeter depuis la Chine.

Politiquement correct ?

Dans ses tweets «made in China», Donald Trump a vanté l'excellent accueil que lui a reservé Xi Jinping, il a posté de belles photos de la Cité Interdite, tout le monde est tout sourire, donc rien qui ne mette en péril les intérêts du régime chinois, bien au contraire.

Paul Triolo, spécialiste des questions de cybersécurité pour le think tank Eurasia, analyse l'attitude de la Chine face au « Twitter-président » : «Pendant les trois jours de visite du président Trump, les autorités chinoises sont plus qu'heureuses de le laisser tweeter. En fait, ce serait beaucoup plus embarassant pour le régime s'ils avaient bloqué son compte. Tout le monde sait que le président américain est un fervent utilisateur de Twitter, et les autorités ont probablement fait le pari que Donald Trump cherche à avoir de bonnes relations avec Xi Jinping et qu'il n'aurait donc probablement rien tweeté de gênant pour le régime».

Des intérêts bien identifiés

Le régime chinois assouplit d'ailleurs régulièrement l'accès à Twitter sur son sol pour les délégations étrangères ou lors de grands évènements internationaux qui attirent touristes et personnalités publiques. Le régime chinois tolère l'utilisation de Twitter par les étrangers dans la mesure où elle montre la Chine sous son bon jour. Le selfie du Premier ministre indien Narendra Modi avec Li Keqiang, Premier ministre chinois, n'avait visiblement posé aucun problème au régime même s'il sortait des codes policés et bien encadrés de la propagande politique chinoise.

L'Etat chinois et l'agence de presse officielle Xinhua News Agency administrent d'ailleurs des comptes Twitter, sur lesquels ils proposent du contenu en anglais, preuve que ces tweets sont destinés aux internautes étrangers, les Chinois n'étant pas censés se connecter à la plateforme américaine de micro-blogging.

«En revanche, ajoute le chercheur, s'il tweete quelque chose de controversé et que les internautes chinois s'en emparent sur les réseaux sociaux chinois, sur Weibo ou WeChat par exemple, alors le régime probablement limiterait la portée de ce tweet au sein du pays.»

La Grande Muraille numérique de Chine

La capacité de censure des contenus par le régime chinois, le contrôle de l'accès au web mondial, la veille sur les réseaux sociaux font partie « d'un système de surveillance du web très sophistiqué, qui a évolué avec le temps. Au départ, c'était de la censure pure et simple de certains sites internets maintenant c'est beaucoup plus flexible, ils ont des moyens plus fins de détecter et réduire la portée de certains contenus »,  explique Paul Triolo, qui rappelle que « ce qui intéresse vraiment le régime, c'est d'empêcher l'organisation sur les réseaux de potentielles manifestations contre le régime ».

Outre le repérage d'opposants politiques capables de déstabiliser le régime, le système de censure dit « la Grande Muraille numérique » est aussi une question de souveraineté numérique. Un concept derrière lequel se cachent non seulement des intérêts politiques, mais des enjeux économiques colossaux.

En fermant son marché aux entreprises étrangères du web, en particulier aux géants américains, la Chine cherche à développer ses propres systèmes informatiques et ses propres réseaux sociaux. Elle parvient ainsi à contenir toute vélléité étrangère de toucher les 730 millions d'internautes chinois.

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