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Corée du Nord Etats-Unis Défense Diplomatie Kim Jong-un

Publié le • Modifié le

Corée du Nord-Etats Unis, la dangereuse escalade rhétorique

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Le président américain Donald Trump a allumé « la mèche de la guerre » contre la Corée du Nord, a dénoncé mercredi 11 octobre le ministre nord-coréen des Affaires étrangères Ri Yong-ho. REUTERS/Kevin Lamarque, KCNA/Handout via REUTERS/File

Aux Etats-Unis, le tempérament impulsif du président inquiète jusque dans son camp. Un sénateur républicain a ainsi accusé Donald Trump de conduire le pays vers une troisième guerre mondiale. En cause notamment les multiples déclarations du président américain sur la Corée du Nord.


Avec notre correspondante à Washington,  Anne Corpet

A l’ONU, en septembre, le président américain avait menacé de détruire la Corée du Nord et qualifié le leader de « little rocket man » (petit homme fusée). Confronté à sa première crise internationale majeure, le président américain continue depuis d’attiser les tensions et donne l’impression de se concentrer uniquement sur une stratégie guerrière.

Le président américain a affirmé sur Twitter que les discussions diplomatiques étaient une perte de temps et que les efforts engagés depuis 25 ans par les administrations américaines successives n’avaient rien donné.

Deux bombardiers américains ont survolé la péninsule mardi 10 octobre après que le président a été briefé sur les options militaires. Et en début de semaine, le secrétaire à la Défense a tenu un discours très martial pendant la réunion annuelle de l’Association de l’armée des Etats-Unis. « Personne ne peut dire ce que nous réserve l’avenir. Mais il y a une chose que l’armée américaine peut faire : vous devez être prêts à mettre en œuvre les options militaires que le président veut employer si nécessaire. L’armée américaine doit se tenir prête », a déclaré James Mattis.

Escalade verbale

Ces déclarations enflammées sont loin d’intimider les Nord-Coréens. Le président américain Donald Trump a allumé « la mèche de la guerre » contre la Corée du Nord, a dénoncé mercredi soir le ministre nord-coréen des Affaires étrangères Ri Yong-ho, avant de menacer : « Nous ne renoncerons pas à l'utilisation de nos derniers recours ».

Face à l'accélération des programmes balistique et nucléaire nord-coréens, la stratégie de l’escalade verbale choisie par le président américain est une opportunité pour le régime de Pyongyang, selon Jean Lee, spécialiste de la Corée au Wilson Center à Washington : « Cette escalade dans la rhétorique ne fait que nourrir les ambitions nord-coréennes. Ils ont besoin de cette rhétorique pour justifier de manière rationnelle la poursuite de leur programme nucléaire et le développement de leurs missiles balistiques. Cela sert les intérêts de  Kim Jong un : il montre à son peuple qu’il est prêt à le défendre » explique la chercheuse avant d’assener : « Je pense que la provocation verbale est une approche non constructive de la Corée du Nord. »

Approche diplomatique

Mais la solution diplomatique n’est pas complètement exclue : l’adjoint au secrétaire d’Etat sera la semaine prochaine à Séoul et à Tokyo pour des discussions sur la Corée du Nord. Les sanctions imposées par le Conseil de sécurité de l’ONU risquent à terme de peser lourd sur le nord de la péninsule, car l’économie du pays est très concentrée, vulnérable.

Et les sanctions annoncées par Donald Trump fin septembre sont un pas important pour faire pression sur Pyongyang, comme l’explique David Cohen ancien directeur adjoint de la CIA : « Ces sanctions reviennent à imposer un embargo commercial mondial sur la Corée du Nord. Car toute banque qui aide la Corée du Nord à exporter ou à importer pourra être écartée du marché américain. Or une banque qui souhaite être active sur la scène internationale a besoin d’accéder au système financier américain. C’est un outil très puissant. »

Mais les sanctions sont un levier qui n’agit que sur le long terme, et le président américain est connu pour son impatience. Sa volonté de dénoncer l’accord sur le nucléaire iranien risque par ailleurs de décrédibiliser toute approche diplomatique américaine sur le dossier nord-coréen, souligne Jacques Sullivan ancien membre du département d’Etat : « Pour moi il n’y a aucun doute, et c’est tout à fait logique : si les Etats-Unis se retirent de l’accord sur le nucléaire iranien, cela nuira considérablement à tout effort futur pour amener les Nord-coréens à un accord sérieux sur la question du nucléaire. Nous aurons perdu toute fiabilité »,  estime-t-il.  Donald Trump devrait annoncer sa position sur l’accord nucléaire iranien d’ici vendredi 13 octobre : une décision qui sera attentivement surveillée sur la péninsule coréenne.

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