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Publié le • Modifié le

Mort de Liu Xiaobo: hommages du monde entier, sauf de Pékin

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Un autel à la mémoire du prix Nobel de la paix Liu Xiaobo est dressé à l'extérieur du Bureau de liaison chinois à Hong Kong, le 13 juillet 2017. REUTERS/Bobby Yip

Liu Xiaobo, l'opposant chinois lauréat du prix Nobel de la paix en 2010, est mort ce jeudi 13 juillet à 61 ans alors qu’il était hospitalisé pour un cancer du foie en phase terminale. La mort de cet homme, figure de proue du mouvement démocratique de Tiananmen en 1989, suscite de nombreuses réactions.


La première réaction est venue du comité Nobel. « Le gouvernement chinois porte une lourde responsabilité dans le décès prématuré de Liu Xiaobo », a-t-il estimé après l'annonce de la mort du dissident chinois. Celui-ci avait été condamné à onze ans de prison en 2009 pour avoir signé une charte qui réclamait des réformes démocratiques, un an seulement avant d’être nommé prix Nobel de la paix. Un prix qu’il n’avait pas eu le droit d’aller recevoir. « Nous jugeons très troublant que Liu Xiaobo n'ait pas été transféré pour recevoir un traitement médical adéquat », insiste Berit Reiss-Andersen, la présidente du comité.

Atteint d’un cancer du foie en phase terminale, Liu Xiaobo avait officiellement été placé en liberté conditionnelle fin juin et hospitalisé, après plus de huit années de prison. Mais malgré les demandes du dissident et de sa famille, Pékin avait refusé qu’il soit soigné à l’étranger. Il est ainsi du premier prix Nobel de la paix à mourir privé de liberté depuis le pacifiste allemand Carl von Ossietzky, qui s’était éteint dans un hôpital en 1938 alors qu’il était détenu par les nazis.

La communauté internationale rend hommage à ce symbole de la dissidence chinoise. Le Haut-Commissaire aux droits de l'homme de l'ONU salue un homme qui était « l’incarnation des idéaux démocratiques », « un courageux combattant pour les droits civiques et la liberté d’expression », ajoute la chancelière allemande Angela Merkel.

Rex Tillerson, le chef de la diplomatie américaine, estime pour sa part que Liu Xiaobo « a consacré sa vie pour l’amélioration de son pays et de l’humanité, et à la quête de justice et de liberté ». Comme son homologue français, Jean-Yves Le Drian, il exhorte Pékin à « libérer » l’épouse du dissident, Liu Xia, « de sa résidence surveillée et de la laisser quitter la Chine selon son souhait ».

Consciente des tensions entre Pékin et son gouvernement, la présidente de Taiwan Tsai Ing-wen a apporté son soutien à la famille de Liu Xiaobo et a affirmé que « si le rêve chinois est la démocratie, alors Taiwan apportera tout le soutien nécessaire pour atteindre cet objectif. Liu Xiaobo n’avait pas d’ennemis, car la démocratie n’a pas d’ennemis ».

Mort dans l'indifférence presque générale en Chine

En Chine, le décès du prix Nobel de la paix reste un fait comme un autre dans les médias. Le quotidien d’Etat Global Times lui a consacré un article très impersonnel, expliquant une fois de plus qu’il avait reçu tous les soins appropriés, mais qu’il était impossible de le sauver, rapporte notre correspondante à Pékin, Elodie Goulesque.

Les débats autour du cas du sexagénaire ne l’ont pas aidé à aller mieux, ajoute le Global Times ; d'ailleurs l’Ouest avait kidnappé Liu Xiaobo et, même s’il avait vécu plus longtemps, il n’aurait jamais réussi à atteindre ses objectifs politiques. L’agence de presse Xinhua, elle, rappelle le parcours du « criminel » Liu Xiaobo et affirme à nouveau qu’il a reçu les meilleurs soins. Ironie du sort : si Global Times diabolise l’Occident et lui attribue presque une part de responsabilité dans la mort de Liu Xiaobo, l’agence de presse Xinhua elle utilise la parole des médecins occidentaux pour justifier que la Chine a bien apporté les meilleurs soins au prix Nobel de la Paix.

Sur les réseaux sociaux chinois, des voix tentent de s’élever en utilisant le mot-clé R.I.P pour « rest in peace ». Impossible autrement de poster quoi que ce soit en nommant Liu Xiaobo. Depuis, la machine de propagande chinoise a déjà pris le dessus en effaçant tout contenu avec ce mot-clé, effaçant également toutes les publications qui affichent l’image d’une bougie. Si aux yeux du monde c’est un prix Nobel de la paix qui s’est éteint jeudi soir, aux yeux de la Chine, Liu Xiaobo ne restera qu’un simple criminel. D'ailleurs ce vendredi, Pékin dénonce le « blasphème » du Nobel attribué à Liu Xiaobo.

Le véritable enjeu maintenant c’est de savoir ce que va devenir l’épouse de Liu Xiaobo, Liu Xia. Elle avait été assignée à résidence en 2010 sans raison légale. La communauté internationale appelle désormais le gouvernement chinois à la laisser partir à l’étranger. Mais Pékin reste pour l’instant sur ses positions et continue à dénoncer l’ingérence des pays occidentaux.

Un « verrouillage » de l'information selon Pierre Haski

Selon le journaliste Pierre Haski, ancien correspondant de Libération à Pékin et président de Reporters sans frontières, il ne faut donc pas s'attendre à ce que le décès de Lu Xiaobo provoque une vaste émotion populaire, comme cela avait été le cas en 1989 avec les manifestations de la place Tianenmen après la mort de Hu Yaobang, un haut dirigeant très respecté du Parti communiste. « Ce genre de phénomène est aujourd'hui impossible, car on a une Chine dans laquelle la quête économique a pris une place beaucoup plus considérable et parce que petit à petit, il y a un verrouillage de l'information afin d'empêcher des phénomènes d'émotion collective qui pourraient dégénérer et devenir incontrôlables », analyse-t-il.

Ainsi, en dehors de cercles relativement importants, mais malgré tout limités, d'intellectuels et d'artistes dans les grandes villes de Chine, le grand public ne sait pas qui est Liu Xiaobo et ne sait pas qu'il est mort, remarque Pierre Haski.

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