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Afghanistan Ashraf Ghani médias Culture

Publié le • Modifié le

Une émission télévisée satirique crée la polémique en Afghanistan

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Extrait d'un épisode de Shabake Khanda. (Capture d'écran / Youtube)

Une émission de télévision défraie la chronique en Afghanistan. Son nom est Shabaké Khanda – le canal du rire en dari, le persan parlé en Afghanistan. En utilisant l'humour, les comédiens dénoncent les maux de l'Afghanistan contemporain et s'attaquent aux problèmes politiques, sociétaux, économiques.


Il s'agit d'une émission hebdomadaire de 45 minutes de sketches de quelques minutes chacun. Les comédiens y campent des personnages, des femmes ordinaires, portant de longues robes aux couleurs criardes avec des perruques improbables, blondes, ou des tresses africaines, ou encore des personnalités politiques de haut rang, à commencer par le président Ashraf Ghani.

Le comédien qui joue le rôle du chef de l'Etat afghan porte un shalwar kamiz blanc - la tenue traditionnelle constituée d'une tunique sur pantalon large et son large turban à carreaux noir et blanc - du maquillage blanc tout autour de la bouche, sur les joues et le menton pour représenter la barbe du président. Il s'exprime de façon saccadée, entrecoupant chaque mot de quelques secondes de silence, les associant à des mouvements brusques des mains, avant de se mettre à crier d'une voix aigüe.

C'est une caricature du président afghan, connu pour ses accès de colère. Et toutes les personnalités politiques sont ainsi imitées, leurs particularités étant mises en avant et exagérées. Cette émission présente des caricatures qui ont pour objectif de faire rire en tournant en dérision la société et les politiciens afghans.

Dénonciation

Mais derrière l'humour, l'émission dénonce de nombreux maux qui gangrènent le pays. Chaque sketch dénonce quelque chose : la corruption par exemple en mettant en scène un général de l'armée face à un soldat à qui il ne verse que la moitié de la solde, mettant l'autre partie de l'argent dans sa poche, ou la cacophonie au gouvernement avec la mésentente bien connue entre Ashraf Ghani et le chef de l'exécutif Abdullah Abdullah.

Certains personnages sont plus récurrents, comme le ministre de la Défense qui est tout le temps représenté endormi lors des réunions sur la sécurité, en référence à sa réelle fâcheuse tendance à s'assoupir dans les meetings officiels. Les problèmes d'alcool de tel autre ministre, l'esclavage sexuel sur mineur pratiqué par des responsables de la police, les comédiens et leur producteur n'épargnent personne, écorchent à tous les niveaux de la société afghane en faisant rire son public. Et la recette fonctionne : l'émission existe depuis deux ans sur Tolonews. C'est d'ailleurs l'un des programmes phares de la chaîne privée.

Cette liberté de ton est risquée. On ne se moque pas des chefs de guerre qui toujours très puissants dans le pays, sans risques, ni des autorités. Certains comédiens expliquent avoir été menacés par des hommes armés faisant irruption à leur domicile. Selon l'un d'eux, « jouer la comédie en Afghanistan est aussi dangereux que tuer une vache en Inde », où l'animal est sacré.

Les sujets évoqués sont graves, mais sous couvert d'humour, l'émission souligne les noeuds qui rongent l'Afghanistan et le maintiennent dans l'immobilisme, de façon détournée. Et cela fait du bien, confient certains, de pouvoir rire en dénonçant des réalités pesantes au quotidien.

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