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Publié le • Modifié le

Afghanistan: un combat d'art martial annulé provoque un tollé sur la toile

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La star afghane de MMA Ahmad Wali Hotak (dr.), lors d'un entraînement à Kaboul, le 5 avril 2017. SHAH MARAI / AFP

Deux stars des arts martiaux mixtes devaient s'affronter ce mercredi 19 avril à Kaboul en Afghanistan, mais la compétition a été annulée à la demande des autorités. Sur la Toile, les fans de chacun des athlètes originaires de communautés différentes se déchainaient en propos haineux racistes et en menaces.


De notre correspondante à Kaboul,

L'histoire commence sur Facebook, en mars dernier. Ahmad Wali Hotak, un athlète réputé, dont on croise le visage souriant en premier plan de grandes affiches publicitaires jaunes sur plusieurs murs de Kaboul, poste ce message sur le réseau social : « Défi lancé à Baz Mohammad Mobaraz. » Mobaraz n'est autre que son plus grand concurrent national : un athlète pratiquant comme lui le MMA, les arts martiaux mixtes que l'on appelle encore le combat libre. Les jeunes hommes ont tous les deux une vingtaine d'années et se connaissent depuis longtemps puisqu'ils s'entrainent parfois ensemble, mais n'ont jamais été confronté l'un à l'autre.

Ce qu'ils n'avaient pas prévu, l'un comme l'autre, c'est l'emballement de leurs fans respectifs qui se promettent des combats en marge de la rencontre sur le ring de leurs athlètes. Le ton est violent, les propos haineux et racistes basés sur les origines communautaires de leurs stars. Hotak est Pachtoune, Mobaraz Tadjik, les deux communautés les plus importantes en nombre du pays.

Annulation du combat

Ahmad Wali Hotak raconte avoir reçu des appels téléphoniques de personnes des services de sécurité afghans, mais aussi de la présidence lui demandant d'abandonner l'idée du combat. Ce n'est pas le président Ashraf Ghani en personne qui a décroché son téléphone, mais l'un de ses conseillers. Ce n'est pas commun qu'une banale compétition sportive se transforme en affaire d'Etat. Mais cela a bien été le cas. L'affaire va même être portée jusque devant le Parlement puisque les deux athlètes y ont été invités au début du mois d'avril.

Dans l'hémicycle, face aux députés, après quelques mots prononcés en faveur de la paix, l'un près de l'autre tenant la main d'un conseiller du président afghan, ils ont levé leur poing comme pour signifier un match nul. Une image de réconciliation, un symbole de paix entre deux athlètes qui n'avaient pourtant à aucun moment repris à leur compte, les propos haineux écrits sur leur page Facebook. Ils font même part de leur étonnement face à la tournure qu'a pris cette banale provocation en duel sur le ring.

Une violence verbale qui ne surprend pas

Personne n'est surpris par la violence verbale qui a suivi cette invitation au duel de Hotak. Le jeune athlète lui-même reconnaît qu'avant son premier combat en Iran il y a quelques années, il pensait dit-il, toujours en fonction de son appartenance communautaire. C'est lors de ce combat à l'étranger qu'il a constaté que parmi ses fans présents dans les gradins, se trouvaient de nombreux Hazaras, Ouzbeks ou autres groupes communautaires d'Afghanistan.

C'est à ce moment qu'il s'est considéré avant tout comme un citoyen afghan et non pachtoune. « Déçu et triste » Hotak se dit que mieux vaut désormais éviter tout combat contre un compatriote aux origines communautaires différentes, car des tensions existent bien. Elles remontent à la guerre civile des années 90, mais certaines traces sont tenaces. D'autant plus dans le contexte politique difficile de l'Afghanistan où la pauvreté ne permet pas de réduire les fossés entre les différents groupes dont certains se sentent mis de côté.

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