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Pakistan Inde

Publié le • Modifié le

Le Pakistan s'apprête à exécuter un «espion indien»

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Quetta, capitale de la province pakistanaise du Baloutchistan. Photo: flickr.com

Le Pakistan annonce la condamnation à mort d'un « espion indien ». Arrêté en 2016 dans le sud du pays, son exécution peut désormais intervenir à tout moment. Cette décision d'une cour martiale pakistanaise est aussi forte et rare que symbolique. L'Inde, qui a bien sûr toujours nié sa qualité d'espion, a réagi avec véhémence à la décision de la justice du pays ennemi.


L'histoire est aussi tragique que romanesque, explique notre correspondant au Pakistan, Michel Picard. En mars 2016, quelques heures après l'arrestation de Kulbushan Sudhir Jadhav, les médias se sont empressés de publier des copies de ses pièces d'identité et détails personnels livrés par l'armée pakistanaise. On y découvrait la photo d'un homme associée à des identités différentes selon ses activités.

Très vite, l'Inde a reconnu qu'il s'agissait d'un ancien officier de marine mais qui aurait pris sa retraite et mis fin à ses missions en 2003 à l'âge de 33 ans. Il aurait ensuite ouvert une petite entreprise dans un port iranien et se rendait fréquemment au Pakistan pour ses affaires.

Pour la version pakistanaise de l'histoire, l'homme, arrêté dans la province instable du Balouchistan après être entré par la frontière iranienne, entretenait des liens étroits avec le mouvement séparatiste balouche qui mène une rébellion violente dans cette région du sud-ouest du pays contrôlée par l'armée.

Vidéo virale

Une vidéo de sa confession, rendue publique, était devenue virale. L'homme y reconnaît avoir travaillé au Pakistan sous une fausse identité, Hussain Mubarak Patel, avoir approfondi la langue et les contacts dans un but précis : établir un réseau opérationnel et assurer son financement afin de mener des actes terroristes en territoire pakistanais. Actes qui auraient causé de nombreuses victimes. Surtout, il affirme face caméra que les services de renseignement indiens, dont il est membre, entretiennent logistiquement et financièrement nombre de groupes terroristes qui agissent au Pakistan.

Il a été jugé dans le secret pour espionnage par une cour martiale pakistanaise, sans avoir le droit de voir un représentant diplomatique, comme le permettent les conventions internationales.

Autant dire que depuis un an, le nom de Jadhav sert à renforcer un nationalisme anti-indien car il symbolise aux yeux de nombreux Pakistanais le vrai visage de Delhi. Quelles que soient les conditions dans lesquelles ont été obtenu ses aveux, nul doute que son exécution risque une nouvelle fois de raviver les tensions déjà très vives entre les deux puissances nucléaires.

« Meurtre prémédité »

Le gouvernement indien a réagi très fermement à cette sentence, rapporte notre correspondant à New Delhi. Le secrétaire d'Etat aux Affaires étrangères a convoqué l'ambassadeur pakistanais ce lundi pour lui exprimer son profond désaccord : le diplomate a affirmé que le procès de Kulbushan Yadav avait été mené sans respecter « les règles de bases de la justice », et que si cette peine de mort était appliquée, New Delhi considèrerait cet acte comme un « meurtre prémédité ».

La conséquence immédiate est que New Delhi a annulé le renvoi de 12 prisonniers pakistanais qui ont purgé leur peine et devaient être rapatriés mercredi. Il se peut qu'Islamabad n'exécute finalement pas cet espion présumé. Cette sentence exceptionnellement sévère serait une manière pour l'armée pakistanaise de rehausser la tension entre les deux frères ennemis, face à un pouvoir politique qui, lui, essaie de trouver des voies de dialogue pour résoudre le désaccord frontalier du Cachemire.

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