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Vietnam médias Justice Alimentation Santé et Médecine

Publié le • Modifié le

La sauce «nuoc-mâm» enflamme le Vietnam: les médias sur le grill

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La sauce de poisson est un condiment de base au Vietnam. Getty Images

Le Vietnam a condamné lundi 21 novembre une cinquantaine d'organes de presse pour la publication d'articles alarmants sur la composition de certaines sauces de poisson commercialisées dans le pays, contenant des niveaux très élevés d'arsenic. Des révélations qui avaient plongé la population dans l’inquiétude car la sauce de poisson est un condiment de base, utilisé au quotidien dans la plupart des familles.


De notre correspondant à Ho Chi Minh Ville,

«Des informations inexactes qui minent les intérêts nationaux» : c’est en ces termes que le ministère vietnamien de l’Information et de la Communication, a justifié les amendes, comprises entre 400 et 2 000 euros, infligés à plus de 50 médias à travers le pays. Mais un journal a été particulièrement ciblé : le journal Thanh Nien, l’un des principaux quotidiens vietnamiens, qui a écopé de l’amende la plus lourde, 8 500 euros. Il a été le premier média à relayer, dès le 12 octobre, une enquête publiée par une association de consommateurs vietnamiens, Vinastas, qui dépend du ministère du Commerce. 

De l'arsenic dans la sauce de poisson

Cette enquête pointait du doigt les taux anormalement élevés en arsenic de bouteilles de sauce de poisson vendues à travers le pays. En fait, d’après cette enquête, sur 150 échantillons portant sur 88 marques différentes, 85% comportaient des taux en arsenic supérieurs à la moyenne. L’enquête a immédiatement été reprise par de nombreux journaux, partagée à grande échelle sur les réseaux sociaux et fait l’objet de nombreuses commentaires sur des forums de discussion populaires sur internet.

Face à l’ampleur prise par l’affaire, le gouvernement a décidé de réagir et le 23 octobre, soit 11 jours après les révélations, le journal Thanh Nien a été contraint de s’excuser et d’enlever l’ensemble des articles sur son site internet. Le gouvernement a expliqué que l’enquête n’était pas honnête car elle laissait penser que la sauce traditionnelle était toxique, sans faire la distinction entre les deux types d'arsenics existants. Or, selon les autorités l’arsenic, présent naturellement dans les fruits de mer, ne serait pas nocif.

Reprise en main du régime

Le gouvernement ne souhaite pas se laisser dépasser par les évènements et ne souhaite pas reproduire ce qui s’était passé lors du scandale Formosa, du nom d’une entreprise taiwanaise qui avait rejeté ses déchets dans la mer et provoqué la mort de centaines de tonnes de poissons. Fait très rare dans ce pays communiste, des manifestations s’étaient alors déclenchées sporadiquement à Hanoï, à Saïgon et dans le centre du pays avec notamment une manifestation monstre, pour le Vietnam, qui avait rassemblé 10 000 personnes.

Les médias dits traditionnels sont sanctionnés. Mais Facebook ou Twitter sont toujours accessibles. Les autorités sont vigilantes. Par exemple, le 3 novembre dernier, la police a arrêté à Saïgon un homme de 52 ans pour avoir posté sur Facebook des informations jugées contraires aux intérêts du pays. En fait, les Vietnamiens, surtout les jeunes, se méfient des journaux papier, contrôlés par l’Etat et se tournent de plus en plus vers les réseaux sociaux pour s’informer.

Mais cela favorise les rumeurs. Par exemple, dans l’affaire de la sauce de poisson, de nombreux Vietnamiens sont convaincus, sans preuves, que la société vietnamienne Masan, l’un des principaux producteurs de nuoc-mâm, la sauce de poisson vietnamienne, aurait payé l’association de consommateurs pour sortir l’affaire et comme cela, se débarrasser de concurrents. Mais rien ne permet toutefois de valider cette théorie.