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Brésil Éducation

Publié le • Modifié le

[Reportage] Brésil: une initiative offre des cours gratuits dans les rues de Rio

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Le projet Adote um aluno (Adopte un élève en français) permet à n'importe qui de recevoir un cours gratuit sur les places de Rio de Janeiro. RFI/Sarah Cozzolino

Dans le quartier de Botafogo, une initiative a vu le jour en mai 2018 s’intitulant Adote um aluno (Adopte un élève, en français). Des cours de mathématiques, de portugais et même de physique quantique sont proposés gratuitement, sur les places publiques de Rio de Janeiro, au Brésil. Actuellement, de 300 élèves et 50 professeurs bénévoles y sont inscrits.


Antonio Claudio Gomes vient sur cette place du quartier de Botafogo trois fois par semaine. Il lit lentement une histoire. Du lundi au samedi, de 9 heures à 14 heures, les tables et tabourets en pierres, aux motifs d’échiquiers, sont occupés par des élèves de tous les âges. Antonio a 52 ans et est en cours d’alphabétisation : « Avant j’étais analphabète, aujourd’hui je peux vous assurer que je ne le suis plus. Avant je ne savais même pas écrire mon nom, vous pouvez le croire ? »

Des cours quotidiens et gratuits

Antonio est vendeur de pop-corn, dans la rue, depuis vingt ans. Habitant de favela, il a commencé à travailler à l’âge de 12 ans, et n’a pas pu être correctement scolarisé. Depuis un an, il suit des cours du soir dans une école publique, et le matin il participe à ces cours de soutien gratuitement :

« Un beau jour, je suis allé à la pharmacie, parce que je suis diabétique et j’ai besoin de mon traitement. Et là on m’a demandé de remplir un formulaire. Je me suis dit : “mince… comment je vais faire ?” J’ai dû écrire mon adresse, mon nom complet et mon numéro de sécurité sociale. Et j’ai réussi, c’était tout emmêlé, mais j’ai réussi, et c’est passé ! Pourquoi ? Parce qu’aujourd’hui je fais des efforts, je viens sur cette place pour apprendre à lire et écrire, pour moi c’est très important. »

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À l’origine du projet Adote um aluno, il y a un homme de 65 ans, qui n’est pas prêt de prendre sa retraite. Silvério Moron est ingénieur. Le 12 mai 2018, un lundi, il s’est assis sur un des tabourets en pierre de cette place de Botafogo avec un petit panneau où il y a écrit « Je réponds à vos questions sur les mathématiques et la physique (gratuit) ».  Silvério se souvient de son succès mitigé au départ : « Personne n’est venu ! Le vendredi, à midi, parce que j’avais décidé de rester de 11 heures à 14 heures tous les jours, mon premier élève est apparu. Il faisait des études d’ingénierie, et avait des difficultés en calcul et géométrie analytique. »

« Ça, c’est la citoyenneté »

Pendant ce cours particulier, Silvério et son élève sont photographiés. Rapidement, le projet commence à se faire connaître sur les réseaux sociaux et dans la presse, et il occupe désormais cinq places de la ville.

Pour Silvério Moron, c’est une victoire : « On parle du gaspillage d’énergie, d’eau, d’argent… Mais pour moi, quelqu’un qui arrive à un certain âge, la soixantaine, comme moi… qui a des connaissances sur certains sujets et ne les partage pas, pour moi c’est le plus grand gaspillage. C’est pour ça que je me bats pour essayer d’améliorer le niveau d’éducation. »

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Le sexagénaire a même développé une nouvelle équation pour définir son projet : « E + T + U = -V. Le E est pour l’Education ; T est pour le Temps que tu consacres à ton prochain; le U pour l’Union, donc plusieurs personnes qui font ça en même temps. Le tout est égal à -V c’est-à-dire moins de Violence. Tout ça, c’est la citoyenneté. »

Confiance en soi

Le projet permet surtout aux élèves de prendre confiance en eux. À 67 ans, Luzia dos Santos prépare son examen pour l’équivalent brésilien du baccalauréat. Cette ancienne aide-soignante qui habite la ville voisine de Niterói, à plus d’une heure de Rio, estime que ce projet a changé sa vie : « Mon Dieu, ça a changé tellement de choses… Je ne veux plus m’arrêter, je veux continuer. J’aime beaucoup les femmes intelligentes, et j’aimerais être pareille. J’adore étudier, lire des livres, alors j’essaie d’y arriver ! »

Fier du succès de son projet, Silvério Moron veut continuer à le faire grandir. Il convoque désormais des bénévoles pour partager tous types de connaissance : électriciens, photographes, mécaniciens, tous seront les bienvenus !

Chronologie et chiffres clés