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Etats-Unis Donald Trump Shutdown

Publié le • Modifié le

[Reportage] «Shutdown»: un quotidien compliqué pour des milliers d'employés

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Manifestation contre le shutdown, à Washington le 10 janvier 2019. REUTERS/Jonathan Ernst/File Photo

C’est le « shutdown » le plus long de l’histoire des Etats-Unis. Elle n’est que partielle, mais en entrant dans son 22e jour, la paralysie de l’administration fédérale bat ce samedi 12 janvier un record de longévité. Elle affecte 800 000 employés qui n’ont pas touché leur salaire depuis trois semaines. Pour un certain nombre d’entre eux, le quotidien devient compliqué.


Avec notre correspondante à Washington, Anne Corpet

« Les vies des 800 000 employés ne sont pas des pions de votre politique », s’indignait un orateur lors d’une manifestation ce jeudi à Washington.

Ces fonctionnaires sont normalement payés deux fois par mois et devaient théoriquement toucher leur chèque hier mais ils n'ont rien reçu. Ceux qui sont considérés comme indispensables et sont contraints de travailler ont obtenu l’assurance d’être payés une fois le « shutdown » levé. Le Congrès a passé une loi en ce sens. Mais nul ne sait quand cela adviendra, et ceux qui sont obligés de rester chez eux n’ont aucune garantie pour le moment.

Certains sont dans une situation précaire et assument leurs charges quotidiennes en prenant des petits boulots, comme par exemple chauffeur chez Uber. D’autres reposent sur la solidarité familiale ou tout simplement se serrent la ceinture et négocient des délais pour honorer leurs traites.

Seth n’est plus payé depuis trois semaines et a du mal à joindre les deux bouts : « On rogne sur beaucoup de dépenses, on ne mange plus dehors, on économise, on espère ne pas avoir à réclamer d’aide alimentaire ou à se reposer sur les services sociaux. Donc on dépense très peu. C’est une préoccupation constante. »

Sarah nous reçoit chez elle dans la banlieue de la capitale. L’administration lui a envoyé par courrier des conseils pour faire face à la situation. « On nous a dit qu’on pouvait envisager de négocier avec notre propriétaire, qu’on pouvait par exemple proposer de nettoyer la propriété ou de repeindre la maison en échange de notre loyer, si nous étions dans l’impossibilité de le payer, témoigne-t-elle. Il y avait aussi un exemplaire de lettre qu’on pouvait donner à nos créditeurs pour expliquer notre situation et leur demander de l’indulgence. J’ai trouvé ça un peu exagéré. »

L’administration a même conseillé à certains d’organiser des vide-greniers pour faire face à leurs dépenses. Quelques fonctionnaires ont commencé à travailler comme chauffeurs pour Uber ou vendent des gâteaux afin de renflouer leurs finances.


 ■ Trump évoque l’ « urgence nationale »

Les démocrates et la Maison Blanche s’affrontent toujours sur la question du financement du mur à la frontière que le président veut inclure dans le budget. Donald Trump se dit prêt à décréter « l'urgence nationale ». Le geste lui permettrait de puiser dans les fonds inutilisés du Pentagone pour construire son mur sans passer par le Congrès. Mais avant de prendre cette mesure, le président entend d’abord laisser aux parlementaires une chance de parvenir à un accord. Car il est conscient qu’un tel décret risquerait d’entraîner des poursuites judiciaires.

« J’ai dit que je pourrais le faire, c’est une voie de sortie facile, mais cela serait trop simple, trop basique, c’est au Congrès de sortir de l’impasse. Le Congrès doit agir. Si au bout d’un moment il ne parvient pas à aboutir, je déclarerai l’urgence nationale. J’ai le droit absolu de le faire. C’est très clair. Mais que se passerait-il ? Je serai poursuivi en justice, l’affaire passerait devant les juges du neuvième circuit, comme cela a été le cas pour le "travel ban". Nous perdrons probablement en appel devant le neuvième circuit, mais j’espère que nous gagnerons devant la Cour suprême. C’est ce qui se passera. Ils déposent toujours plainte, même si l’on rédige parfaitement les documents, ils nous poursuivent devant le neuvième circuit. Et on ne sait jamais ce qui sort de là. On ne sait pas ce qui peut sortir de la cour d’appel. Mais heureusement nous avons une Cour suprême qui nous traite avec justice. »

Au niveau de la légitimité politique, on est dans un contexte différent [du shutdown de 1995, ndlr]...

Alix Meyer, enseignant-chercheur à l'Université de Bourgogne et spécialiste de la politique intérieure des Etats-Unis. 11/01/2019 - par Stefanie Schüler Écouter
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