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Chili France

Publié le • Modifié le

Le Chili conteste l'asile accordé par la France à un ex-guérillero

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L'ancien guérillero chilien Ricardo Palma Salamanca, au Palais de Justice de Paris le 10 octobre 2018. Handout / AFP

La France a accordé, le 5 novembre, l'asile à un ancien guérillero chilien, Ricardo Palma Salamanca. Cette décision scandalise le gouvernement du Chili et toute la droite du pays, car il a été condamné à perpétuité dans les années 1990 pour l'assassinat de l'idéologue du régime de Pinochet, Jaime Guzman, après les premières élections libres post-dictature.


De notre correspondante au Chili,

L'affaire intéresse jusqu’au plus haut niveau de l'Etat chilien : le président lui-même a envoyé une lettre à son homologue français Emmanuel Macron pour lui demander d’annuler la décision d'accorder l'asile à Ricardo Palma Salamanca.

L'ambassadeur français au Chili a même été convoqué lundi au ministère des Affaires étrangères, pour protester contre la décision de la France. Il faut dire que dans la coalition de droite au pouvoir, l'indignation est à son maximum depuis vendredi.

Car Jaime Guzman, l’idéologue de la dictature de Pinochet, est LE martyr de la droite chilienne depuis qu'il a été assassiné en 1991 par un groupe armé d'extrême gauche.

« La France a accordé l'asile à un terroriste » a déclaré un député du parti d’extrême droite fondé par Jaime Guzman sous la dictature, qui appartient à la coalition au pouvoir. Plusieurs membres de ce parti, mais aussi la porte-parole du gouvernement, ont comparé l'assassinat de Jaime Guzman aux attentats survenus en France ces dernières années ; et affirmé qu'accorder l'asile à son assassin était un mauvais signe dans la lutte contre le terrorisme à l'échelle mondiale.

Comment la France justifie cette décision ?

C'est l'office français de protection des réfugiés et des apatrides, l'Ofpra, qui a accordé l'asile à Ricardo Palma Salamanca et sa famille. Et pour l'instant, on ne connaît pas les raisons exactes de cette décision.

Interrogé sur le sujet, le ministre français des Affaires étrangères, Jean Yves Le Drian, a simplement expliqué que cette affaire « renvoie à l'histoire du Chili sous la dictature d'Augusto Pinochet ». Une déclaration qui a de nouveau fait hurler la droite chilienne, car l'assassinat de Jaime Guzman et la condamnation de Ricardo Palma Salamanca ont eu lieu plusieurs mois après les premières élections libres post-dictature. Le ministre chilien de l'intérieur l'a encore répété ce mercredi : les faits sont intervenus en démocratie, en plein Etat de droit, et il n'y aucune justification, selon lui, pour accorder l'asile à Ricardo Palma Salamanca.

Quelles-sont les réactions à gauche et que répond la défense de cet ancien guérillero ?

Pour commencer, plusieurs parlementaires de gauche ont dit publiquement qu'ils souhaitaient que Ricardo Palma Salamanca soit extradé au Chili, pour y purger sa peine. Mais d'autres s'interrogent sur le degré d'indépendance de la justice à l'époque, car même si des élections libres ont bien eu lieu en 1990, l'ancien dictateur Augusto Pinochet est resté chef des armées pendant plusieurs années, et la Constitution adoptée sous la dictature n'a été modifiée que partiellement, petit à petit.

Les avocats de Ricardo Palma Salamanca, eux, affirment que l'ancien guérillero a subi des mauvais traitements à l’époque et n'a pas bénéficié d'un procès équitable. Quoiqu’il en soit, plusieurs juristes affirment qu’il est quasiment impossible que l’asile accordé en France à l’ancien guérillero soit annulé.

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