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Etats-Unis Canada Commerce et Echanges Mexique AEUMC

Publié le • Modifié le

Accord de libre-échange AEUMC: Trump salue une «nouvelle historique»

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Le président américain Donald Trump a donné ce lundi matin une conférence de presse sur l'accord commercial entre les Etats-Unis, le Mexique et le Canada (AEUMC) depuis les jardins de la Maison Blanche. REUTERS/Kevin Lamarque

« C'est l'accord le plus important de l'histoire américaine ». C’est par ces mots que Donald Trump a qualifié l'accord de libre-échange conclu in extremis dimanche soir à minuit avec le Canada et le Mexique. Un accord totalement bénéfique pour les Canadiens, clame le Premier ministre Justin Trudeau. Justin Trudeau, « un homme bien », d'après les considérations de locataire de la Maison Blanche.


L'Alena a un nouveau nom  :  l'AEUMC pour Accord Etats-Unis Mexique Canada (USMCA en anglais). Ce nouvel accord doit bientôt remplacer l'Alena, un traité de libre-échange crucial pour les économies des trois pays et vieux de près de 25 ans, dont le président américain souhaitait absolument se débarrasser.

L'un des volets les plus importants du nouveau texte concerne le secteur automobile qui a été totalement révolutionné par l'Alena. L'AEUMC prévoit des règles incitant à se fournir en matériaux et composants aux Etats-Unis et en Amérique du Nord. Il prévoit aussi une provision forçant le Mexique à augmenter les salariés du secteur pour réduire les écarts avec les voisins du nord mieux payés.

Le système des règles d'origines en matière de production automobile évolue peu. 2,6 millions de véhicules assemblés au Canada sont exemptés de douanes américaines.

Justin Trudeau a accepté d'assouplir son marché laitier pour les producteurs américains, en échange notamment du maintien du système d'arbitrage des litiges commerciaux.

Washington et Ottawa se sont également mis d'accord pour que le nouveau traité commercial contienne un chapitre sur l'environnement, une première depuis la création de l'Alena en 1994, et conserve l'exception culturelle canadienne chère au gouvernement Trudeau.

En revanche, les lourds droits de douane imposés à l'acier et à l'aluminium canadiens -- parmi d'autres -- par un président Trump soucieux de protéger la sidérurgie américaine, restent en place pour le moment, malgré la colère d'Ottawa.

Donald Trump veut faire signer le nouveau traité par les trois pays avant fin novembre. Il devra ensuite etre approuvé par leurs Congrès respectifs.

« Nouvelle historique »

« Je suis très heureux de partager avec le peuple américain cette nouvelle historique pour notre nation et aussi pour le monde », a déclaré le président, visiblement très satisfait, lors d'une conférence de presse, à la Maison Blanche.

Donald Trump est revenu sur ce qu'il qualifie aussi de « grande victoire pour les Américains ». Le nouvel Accord Etats-Unis-Mexique-Canada évite l'instauration de droits de douane, mais le Canada et le Mexique ont fait des concessions. Il vise à rapatrier des emplois aux Etats-Unis, notamment dans le secteur automobile. Le président américain a dressé une longue liste des avantages que comporte selon lui l’AEUMC pour les fermiers qui pourront exporter plus ou les travailleurs de l'industrie automobile américaine qui pourront conserver leurs emplois.

« C'est un accord formidable, pour nous tous. Une fois approuvé par le Congrès, ce nouvel accord sera le plus moderne, le plus à jour et le plus équilibré de l'histoire de notre pays. C'est particulièrement une victoire pour nos fermiers, qui ont traversé une période difficile ces 15 dernières années, tout le monde s'est servi d'eux. Le Canada et le Mexique vont s'ouvrir, beaucoup plus qu'ils ne le sont aujourd'hui. Le traité donnera à nos fermiers et à nos éleveurs, un plus grand accès à ces pays pour vendre des produits américains. Pour exporter du blé américain, de la volaille, des œufs, des produits laitiers, du  lait, du beurre, du fromage, des yaourts et des glaces ! Pour ne citer qu'eux !  C'est aussi un historique pour les industriels, et pour les constructeurs automobiles qui ont été si mal traités sous le Traité de l'Atlantique nord. Nous avons perdu tant d'emplois. Ces mesures vont permettre de soutenir des centaines de milliers d'emplois aux Etats-Unis. »

Côté mexicain, le président sortant, Enrique Peña Nieto, a évoqué un accord « gagnant-gagnant-gagnant ».

Le Premier ministre canadien Justin Trudeau a salué un accord  « totalement bénéfique » pour les Canadiens.

La directrice générale du FMI, Christine Lagarde, s'est félicitée que le nouvel accord commercial inclut des dispositions sur les services, notant qu'abaisser les taxes douanières dans ce secteur dynamiserait la croissance.

Critiques et doutes

Au moment où le président américain louait le texte du nouvel accord apparaissaient les premières critiques, mais aussi les premières questions sur un éventuel blocage au Congrès américain, qui après les législatives de novembre pourrait en partie repasser sous majorité de l'opposition démocrate.

Certains démocrates ont souligné qu'il fallait regarder l'accord de près, mais sans le rejeter par avance. Nancy Pelosi la chef de file de l'opposition à la chambre des Représentants a souligné que « réparer l'Alena c'est augmenter la paye des travailleurs américains, garantir un vrai droit du travail, et assurer un traitement équitable pour l'agriculture américaine ».

Les producteurs laitiers canadiens ont vivement dénoncé le nouvel accord qui ouvre un peu plus leur secteur à la concurrence étrangère. « Nous ne voyons pas comment cet accord peut être bon pour les 220 000 familles canadiennes qui dépendent de l'industrie laitière pour gagner leur vie », a souligné Pierre Lampron, président de l'Association représentant les producteurs canadiens dans un communiqué.

Les métallurgistes canadiens, eux, ont accusé lundi le gouvernement libéral de Justin Trudeau de les avoir « vendus » en concluant un nouveau pacte commercial continental sans avoir obtenu de l'administration américaine la levée des taxes punitives sur l'acier et l'aluminium.

Les constructeurs européens perdants

L’ AEUMC ne constitue pas une victoire totale des Etats-unis sur ses partenaires, qui ont obtenu des concessions. Pour Grégory Vanel, professeur d'économie politique internationale à l'Ecole de management de Grenoble, les vrais perdants sont les constructeurs automobiles européens, et au premier chef les constructeurs allemands très présents au Mexique.

« Si on a un regard exclusivement nord-américain, on peut dire que l’on a là le résultat d’une négociation. La grande puissance, les Etats-Unis, ont mis sur la table des demandes excessives pour obtenir quelque chose et où les autres ont cherché à limiter la casse. En revanche, si on s’intéresse au système commercial en général, là il y a des perdants. Les perdants ce sont les constructeurs allemands. La nécessité qui apparait dans l’accord d’avoir des véhicules qui soient construits et qui intègrent pour  au moins 40% de leurs composants des composants qui sont fabriqués dans des usines où il y a un taux horaire de 16 dollars de l’heure va obliger beaucoup de constructeurs européens à aller relocaliser leur production automobile aux Etats-Unis. Et derrière cette négociation, il y a aussi la question plus générale de la façon dont Donald Trump est en mesure de forcer la relocalisation d’un certain nombre d’activités industrielles qu’il juge stratégiques comme l’industrie automobile aux Etats-Unis. »

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