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Brésil

Publié le • Modifié le

Brésil: Fernando Haddad, un électorat entier à reconquérir

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Fernando Haddad, candidat du PT, à son arrivée au siège de la police à Curitiba, le 10 septembre, où est incarcéré l'ancien président Lula. REUTERS/Rodolfo Buhrer

C'était un choix douloureux pour le Parti des travailleurs (PT) au Brésil. A moins d'un mois du premier tour de l'élection présidentielle, le parti a remplacé son chef historique Lula par l'ancien maire de São Paulo, Fernando Haddad. Ce dernier a-t-il des chances de mener son parti au second tour ?


La direction a repoussé cette décision jusqu'à la dernière minute, espérant gagner des recours judiciaires et en s'appuyant sur l'ONU qui recommande la participation de l'ancien président déclaré inéligible après sa condamnation pour corruption. Mais au final, elle n'avait pas le choix. Ce mardi 11 septembre était la date butoir pour enregistrer les candidats à la présidentielle. Ce sera donc Fernando Haddad, le colistier de Lula qui aura la lourde tâche de remplacer son ancien mentor.

« Fernando comment ? » Cette question revient souvent lors qu'on interroge les Brésiliens sur le nouveau candidat du Parti des travailleurs. Elle résume le principal problème de l'ancien maire de São Paulo. Ce fils d'immigrés libanais, âgé de 55 ans, professeur de sciences politiques, n'est pas très connu dans son pays. Comme l'ancienne présidente Dilma Rousseff, Fernando Haddad n'est pas une figure historique du Parti des travailleurs et comme elle, il est loin, très loin, d’avoir le charisme de Lula.

Ministre de l’Education sous Lula et Dilma Rousseff, Fernando Haddad est un académicien, un intellectuel. Grand connaisseur des philosophes allemands comme Jürgen Habermas, il est plus à l’aise dans un amphithéâtre que dans un bain de foule. Ses conseillers ont réussi à lui donner l’image de quelqu’un de serein. En tant que maire de São Paulo, il a fait construire des pistes cyclables. Ce qui lui a coûté des voix lors de l’élection municipale de 2016, scrutin qu’il a perdu face à l’homme d’affaires João Doria.

Etant lui-même conscient de ce handicap, à savoir son manque de notoriété dans le pays, le nouveau candidat du PT a décidé, il y a quelques semaines déjà, d'intensifier sa campagne dans le nord-est. Une région traditionnellement acquise à la gauche. Mais pour lui rien n'est acquis. Même pas la prononciation correcte de son nom de famille. Dans le nord-est, les sympathisants du PT, peu habitués à la sonorité libanaise de « Haddad », préfèrent l’appeler « Andrade ». Et beaucoup d’électeurs ne sont pas encore prêts à changer leur fusil d'épaule et voter pour le remplaçant de leur idole.

Le dilemme pour Haddad

D’où le dilemme auquel Fernando Haddad est confronté : il doit à la fois essayer de trouver un profil propre mais sans trop s’éloigner de Lula. Les slogans des spots de campagne que le parti a produit in extrémis ne l’aident pas non plus : « Lula est à présent Haddad ». C’est comme si l’ancien président avait tout simplement changé de corps, en transférant  son esprit dans celui de son dauphin.

Que cette « opération » ait été douloureuse pour Lula, condamné à plus de 12 ans de prison ferme, tout le monde le sait. Depuis sa cellule de prison à Curitiba, il n’avait cessé de dénoncer que « des élections sans Lula étaient des fraudes ». Une rhétorique qui depuis le transfert du candidat du PT n’avait plus de raison d’être.

Lors des premières réunions de campagne en tant que candidat du PT, l’ancien maire de São Paulo a pris soin de souligner que son programme était celui de Lula. Le message envoyé aux électeurs de gauche hésitants : rien ne se fait sans Lula, tous les thèmes ont été validés par l’ancien président.

Mobiliser l’électorat traditionnel du PT

Il faut dire que Fernando Haddad n’était pas le premier choix de Lula qui aurait préféré l’ancien gouverneur de Bahia Jaques Wagner. Car Haddad ne jouit pas d’une grande popularité au sein du Parti des travailleurs, un parti qu’il a souvent critiqué pour ses implications dans les scandales de corruption. Membre du courant « Mensagem ao Partido », il réclame depuis des années un renouvellement éthique, ce que Lula a toujours refusé. Lui et d’autres responsables du parti ont préféré jouer sur la corde populiste, en affirmant après la destitution contestée de Dilma Rousseff en 2016, que le PT était devenu victime d’un putsch.

L’adversaire le plus redoutable pour Fernando Haddad est un autre candidat de gauche, Ciro Gomez, qui le devance de quelques points dans les sondages. Gomez sait exploiter le talon d’Achille de son rival, en l’accusant de ne pas « connaître le Brésil ». Ce qui n’empêche pas le candidat du PT de monter dans les sondages. L’effet Lula sera-t-il payant ou pas ? En tout cas, si Fernando Haddad n’arrive pas à mobiliser l’électorat traditionnel du PT, le parti pourrait être absent au second tour de l’élection présidentielle. Et ce serait une première depuis le retour de la démocratie au Brésil, en 1988.

Ce n'est pas le moment de rentrer à la maison à la tête basse...
Fernando Haddad Candidat du PT 12/09/2018 - par RFI Écouter


 ■ Réactions

Avec notre correspondant à São Paulo, Martin Bernard

A droite, cela faisait longtemps que l’on s’y attendait. Condamné en appel à 12 ans et un mois de prison pour corruption et blanchiment d’argent, Lula n’avait plus de « casier politique vierge » et ne pouvait plus se présenter aux élections. Pour ses adversaires, cette décision est donc logique, et aurait même être due être prise depuis longtemps.

Mais les avocats de Lula avaient multiplié les recours en justice. Et c’est finalement le Tribunal supérieur électoral qui avait invalidé la candidature de l’ancien chef de l’Etat au début du mois.

Dans une lettre lue par ses soutiens devant le siège de la police fédérale à Curitiba, où il est incarcéré depuis cinq mois, l'ex-président déclare : « Nous sommes déjà des millions de Lula. Et à partir de maintenant, Fernando Haddad sera Lula pour des millions de Brésiliens. »

Mais Fernando Haddad n’est pas le seul candidat de gauche en lice. Ciro Gomes, qui paraît actuellement le mieux placé derrière le candidat de l’extrême droite avant le 1er tour, admet qu’il n’y aura pas d’union de la gauche: « Nous sommes déjà divisés dans la mesure où je n’accepte sous aucun prétexte l’imposition qu’exerce la bureaucratie du PT depuis un certain temps. Si vous vous vous rappelez bien, j’ai toujours déclaré qu’il s’agissait d’un simulacre, d’une tentative de fraude ».

Il reste un peu moins d’un mois de campagne avant le 1er tour. Fernando Haddad espère bien hériter de la popularité de son chef pour contrer la poussée de l’extrême droite.

Chronologie et chiffres clés