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Pérou Coupe du monde 2018 Russie

Publié le • Modifié le

Mondial 2018: le Pérou pourra compter sur une supportrice historique à Lima

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María Angélica Ramos, alias «la vieja», photographié à Lima par notre correspondant. RFI / Eric Samson

La sélection nationale du Pérou fait son grand retour en Coupe du monde ce samedi 16 juin 2018 en Russie, après plus de 36 ans d’absence. A Lima, une femme va les suivre de près ; María Angélica Ramos, 92 ans, est l'entraîneuse de football la plus âgée de la planète. Elle a entraîné des centaines de jeunes dans le quartier populaire de Los Olivos, dans le nord de Lima.


De notre correspondant à Lima,

Ne l’appelez pas María Angélica et encore moins Madame. Elle ne vous répondra pas. Son mari l’appelait déjà « la vieja » (la vieille) quand elle n’avait pas encore 20 ans. Et elle ne changerait ce surnom pour rien au monde.

Inspirée par l’as brésilien Pelé, qu’elle a vu à la télévision à ses débuts, María Angélica Ramos a entraîné des centaines de jeunes depuis plus de 45 ans sur un terrain aujourd’hui bétonné, mais qui a longtemps été poussiéreux.

María Angélica Ramos, une entraîneuse de foot pas comme les autres: un reportage aussi à écouter de notre correspondant à Lima 14/06/2018 - par Eric Samson Écouter

Quand elle a commencé à entraîner, il lui a fallu faire face au machisme ambiant. « Ouh, j’ai eu beaucoup de problèmes de ce côté-là, lance-t-elle. On m’ a dit que les femmes étaient faites pour la cuisine et pour rester à la maison, pas pour être avec les garçons à faire du foot. Mais bon, j’ai su répondre et aujourd’hui les gens me valorisent et me respectent. »

María Angélica n’a jamais étudié pour s’installer sur un banc de touche. A force de bon sens et de caractère, elle a pourtant remporté des championnats en divisions inférieures avec son équipe America Mimi, en hommage au surnom que lui donnait un petit-fils décédé en bas âge.

« Pratiquement tous les habitants mâles du quartier ont joué dans l’équipe »

« La vieille » a toujours traité ses joueurs comme sa famille, confie son ancien disciple Luis Fernando Torres : « Elle est arrivée au début des années 1970, en 71 je crois. Moi, à cette époque, je n’avais que 8 ans. Mais les joueurs plus vieux que moi me racontent qu’elle s’occupait d’eux. »

Et d'ajouter qu'ils le lui rendent bien : « Elle les recevait chez elle, lavait leurs tenues de sport, leur préparait le petit-déjeuner ou le déjeuner... Elle les a toujours très bien traités et aujourd’hui ils lui rendent la pareille. Comme elle n’a pas beaucoup de moyens, ils l’aident quand ils peuvent avec un peu d’argent. »

María Angélica Ramos continue d’entraîner les jeunes du quartier tous les vendredis et samedis. Chaque lundi, elle sert de trésorière à ses anciens élèves aujourd’hui retraités mais qui n’ont jamais abandonné la pratique du football.

« Pratiquement tous les habitants mâles du quartier ont joué dans l’équipe America Mimi, fait remarquer Luis Fernando Torres. Ensuite, ils ont envoyé leurs fils, leurs petits-fils et c'est comme ça que s’est maintenue la tradition de cette équipe dans notre quartier du Trébol. »

Exemple : Eusebio García, alias « El Chebo ». « A l’époque, j’avais 19 ans ; maintenant, j’en ai 65, plaisante-t-il. Quand on jouait avec le maillot de l’America Mimi, c’est la vieille qui souffrait le plus. Elle nous haranguait avec un langage pas vraiment poli mais elle nous poussait à aller chercher le résultat. »

« J’ai toujours voulu être une femme qui les aide à ne pas se perdre »

Sur les terrains, les années passent et le langage fleuri de « la vieille » reste. « La vieille est une dame très gentille. C’est comme notre deuxième maman. Quand elle nous entraîne, c’est vrai qu’elle nous crie après, qu’elle nous dit des choses que je ne peux pas répéter. Mais c’est pour notre bien. Il faut qu’on apprenne et qu’on devienne plus forts », considère un joueur actuel.

Même si sa vue baisse et qu’elle n’entend plus trop bien d’une oreille, María Angélica enseigne beaucoup plus que du sport, selon Luis Fernando Mesías, ancien joueur qui aujourd’hui l’accompagne sur le banc.

Selon lui, « c’est la meilleure qualité de la vieille. Nous, sur le terrain, on ne leur enseigne pas que le football. Il est important qu’ils aient des valeurs, qu’ils apprennent la discipline. Ici, ils reçoivent une véritable éducation, notamment dans leur rapport aux autres. Il est important qu’ils deviennent de bonnes personnes. »

Car un football bien pratiqué permet d’éviter des dangers. « J’ai toujours voulu être une femme qui les aide à ne pas se perdre par exemple dans les drogues ou dans les gangs de rue ; qu’ils ne tombent pas dans la délinquance qu’on a du mal à contrôler aujourd’hui, c’est ce que je veux faire », confie « la vieille ».

Aujourd’hui heureuse de revoir le Pérou au Mondial, María Angélica sait où elle veut être quand arrivera le moment du coup de sifflet final de sa vie : « Je ne vais pas mourir chez moi mais sur un terrain. A Lima ou ailleurs, mais sur un terrain de foot. »

→ À relire : Le Pérou peut battre tout le monde dont la France, selon son sélectionneur

■ Une équipe qui a amplement rongé son frein

En octobre dernier, le Pérou s'est qualifié pour son premier Mondial depuis près de quatre décennies à la suite d'une phase éliminatoire renversante, dans la zone Amérique du Sud. Si le Brésil, l'Argentine, l'Uruguay ou encore la Colombie avaient alors tiré leur épingle du jeu, le Chili, double champion d'Amérique du Sud en titre, était resté sur le carreau.

Dans le groupe C du Mondial 2018, la sélection nationale péruvienne, qui reste sur des résultats encourageants en amicaux, retrouvera d'abord le Danemark, ce samedi dans la Mordovia Arena de Saransk. Puis elle affrontera la France, jeudi 21 juin à l'Ekaterinburg Arena d'Ekaterinbourg, avant de se frotter à l'Australie au Fisht Stadium de Sotchi, le 26 juin.

Chronologie et chiffres clés