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Publié le • Modifié le

Ronaldo Schemidt, lauréat du World Press Photo: «un message de résistance»

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Le 3 mai 2017, à Caracas, un manifestant est transformé en torche humaine après l'explosion d'une moto des forces de l'ordre. Le cliché a remporté le prestigieux World Press Photo. RONALDO SCHEMIDT / AFP

Ronaldo Schemidt, photographe de l'Agence France-Presse, a remporté jeudi 12 avril le prestigieux World Press Photo de l'année pour un cliché pris au Venezuela, un pays secoué par une profonde crise politique et sociale. Il raconte à RFI l'histoire de cette photo et


La scène n'a duré que quelques secondes, mais elle aura marqué à vie la carrière de Ronaldo Schemidt. Ce 3 mai 2017, le photographe de l'AFP achève une longue journée de couverture des manifestations devenues quotidiennes dans un Venezuela en proie au chaos. Il décide de suivre un petit groupe de manifestants qui remonte en courant une avenue de Caracas, la capitale.

L'un d'eux est renversé par un véhicule blindé. D'autres parviennent à s'emparer d'une moto des forces de l'ordre. Un manifestant de 28 ans, Victor Salazar, est transformé en torche humaine après avoir fait exploser le réservoir d’essence de la moto. Il s'en sortira vivant, mais brûlé sur 70 % du corps. Il devra subir 42 greffes de peau.

Ronaldo Schemidt est à quelques mètres de la scène. Il sent soudain de la chaleur, un éclair, raconte-t-il. Il aperçoit une boule de feu qui vient vers lui. Il la suit, en la photographiant sans s'arrêter, sans comprendre vraiment de quoi il s'agit. C'est en l'entendant crier qu'il saisit. Le photographe voit aujourd'hui dans ce manifestant en train de courir, le visage caché par un masque à gaz, le corps enveloppé de flammes « comme un message de résistance » :

Danns une interview à RFI, Ronaldo Schemidt raconte l'histoire derrière la photo 13/04/2018 - par Lucile Gimberg Écouter

« Bien qu’il soit en train de brûler, il continue de courir. Malgré la gravité de ce qu’il se passait, il ne s’est pas rendu. Il a continué de courir jusqu’à ce qu’il s’éteigne. Pour moi, c’est de la résistance, de la force. Il a refusé de se jeter au sol et de se laisser mourir. Au contraire, il s’est levé et a couru. Et même après qu’ils aient éteint le feu, il a continué de marcher et a survécu. Pour moi, plus que de l’espérance, c’est la force de quelqu’un qui a refusé ce qui était en train de lui arriver. », déclare-t-il à RFI.

Pour Ronaldo Schemidt, ce cliché est un « échantillon » de ce qui se passe au Venezuela. « Mais c’est encore plus profond que ça : il y a une crise humanitaire, il y a des pénuries alimentaires, des pénuries de médicaments. C’est une histoire dont les conséquences sont bien plus graves et ce serait bien que grâce à cette photo les gens s’y intéressent », espère-t-il.

Ronald Schemidt, 46 ans, a grandi à Caracas où il a étudié l'anthropologie à l'université centrale du Venezuela. Il est parti au Mexique en 2000 pour se former à la photographie. Il a commencé à être pigiste pour l'AFP en 2003, avant d'être embauché au bureau de Mexico trois ans plus tard. L'an dernier, il est resté au total deux mois au Venezuela pour couvrir la crise qui le secoue. Il se dit aujourd'hui davantage engagé dans son travail. « Ce qui s’est passé ce jour-là, c’est un pas de plus dans mon travail. Maintenant, je dois continuer. »

Le photographe vénézuélien Ronaldo Schemidt à Caracas, le 6 mai 2017. Cristian HERNANDEZ / AFP

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