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Pérou Venezuela Diplomatie Etats-Unis

Publié le • Modifié le

Sommet des Amériques: absent, le Venezuela restera au cœur des discussions

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Le président du Venezuela, Nicolas Maduro, le 5 avril 2018 à Caracas. Miraflores Palace/Handout via REUTERS

Tous les trois ans, le Sommet des Amériques rassemble les dirigeants de 35 pays. Cette année, le rassemblement se tient les 13 et 14 avril à Lima, au Pérou, avec pour thème central « la gouvernance démocratique face à la corruption ». La crise au Venezuela devrait cependant dominer les débats, même si le président Nicolas Maduro n’est paradoxalement pas invité.


Pays hôte du VIIIe Sommet des Amériques, le Pérou a indiqué, le 14 février dernier, que le président vénézuélien n’était pas le bienvenu. La décision émane du « groupe de Lima », qui réunit 14 pays, parmi lesquels les principales puissances du continent américain. Elle s’appuie sur un paragraphe de la déclaration de Québec de 2001.

Selon ce paragraphe, « toute altération ou rupture inconstitutionnelle de l’ordre démocratique dans un Etat constitue un obstacle insurmontable à la participation du gouvernement de cet Etat dans le processus des Sommets des Amériques ». Le groupe de Lima soutient que l’élection présidentielle, tel qu’elle est organisée le 20 mai au Venezuela, ne sera pas transparente.

Le Venezuela pour arrondir les angles

Jean-Jacques Kourliandsky, chercheur à l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris), s’étonne de cette décision et remarque que d’autres dirigeants présents à Lima, comme le président brésilien Michel Temer, souffrent aussi d’un manque de légitimité. « La décision d’exclure Nicolas Maduro a été soutenue par Washington », explique-t-il.

Selon lui, « le président Trump a beaucoup de contentieux avec ses voisins du Sud, en particulier le Mexique. Il s’inquiète aussi de la présence croissante de la Russie et surtout de la Chine sur le continent américain. Finalement, parler du Venezuela permet d’arrondir les angles et de maintenir une unité de façade. »

A Caracas, ce retrait d’invitation a été vécu comme une humiliation. Dans un premier temps, Nicolas Maduro s’est dit prêt à se rendre par tous les moyens à Lima, avant d’annoncer brusquement, mardi 10 février, qu’il n’irait pas au Pérou. « Pour moi, ce n’est pas une priorité, s’est-il justifié. Vous savez bien que les Sommets des Amériques sont une sacrée perte de temps. »

Le président vénézuélien a aussi avancé que sa sécurité n’y serait pas suffisamment assurée. Il prédit même que l’évènement sera un échec.

Isolé dans la région ?

Bien que son président n’assiste pas aux débats, le Venezuela sera au centre des discussions. La crise politique, économique et humanitaire que connaît le pays déstabilise l’ensemble de la région. Les voisins du Venezuela, notamment, sont débordés par un afflux de migrants. Et la société civile ainsi que l’opposition vénézuélienne se mobilisent pour demander l’ouverture d’un couloir humanitaire.

Pour le mettre en place, cependant, il faudrait un consensus et l’accord de Caracas. « Les dirigeants présents au Sommet des Amériques adopteront au moins une déclaration condamnant le gouvernement vénézuélien pour les violations des droits de l'homme. Il peut y avoir un consensus sur un appel au gouvernement du Venezuela », pense le juriste Victor Rodriguez, ancien ambassadeur du Venezuela à l’ONU.

Le Venezuela assure ne pas être isolé sur le continent américain. Il bénéficie effectivement du soutien des pays de l’Alliance bolivarienne pour les Amériques (Alba), parmi lesquels l’Equateur, la Bolivie et le Nicaragua. Cuba se montre également solidaire du gouvernement vénézuélien.

La Havane est une capitale elle-même passée, ces dernières années, de « paria » à « invitée » du Sommet des Amériques. En parallèle du Sommet des Amériques se tient d’ailleurs, toujours à Lima, un « Sommet des peuples » qui avait invité Nicolas Maduro. Une marche « anti-impérialiste » est prévue jeudi ce jeudi 12 avril.

Les lignes de fractures

La crise vénézuélienne incarne donc, à elle seule, les lignes de fracture d’un continent qui a basculé politiquement à droite ces dernières années. Difficile, dans ce contexte, de faire voter des mesures fortes, comme la reconnaissance du Tribunal suprême de justice en exil, qui vient de demander à Interpol l’arrestation de Nicolas Maduro dans le cadre de l’affaire Odebrecht.

Cette bénédiction de l’organe judiciaire, installé à Bogota, est l’une des demandes de l’opposition vénézuélienne qui, elle, est bien présente à Lima. « Les plus partisans d’une telle mesure ne sont pas majoritaires », rappelle Janette Habel, enseignante à l’Institut des hautes études de l’Amérique latine.

Parmi les 35 Etats représentés au sommet, un certain nombre, notamment dans les Caraïbes, ne seraient pas prêts à voter des mesures contraignantes pour Caracas. Selon Janette Habel, « l’offensive politique vise à faire en sorte de ne pas reconnaître les résultats de l’élection présidentielle [du 20 mai] et de préparer une forme non pas militaire de renversement, mais de substitution au gouvernement de Maduro ».

→ Écouter sur RFI : Au Venezuela, la fuite vers le Brésil

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