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Luiz Inacio Lula da Silva Brésil Justice Corruption

Publié le • Modifié le

L’ancien président brésilien Lula jugé en appel, un procès crucial

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Un supporter de Lula à Brasilia, le 23 janvier 2018. REUTERS/Ueslei Marcelino

C’est dans la ville de Porto Alegre dans le sud du Brésil que se jouera ce mercredi 24 janvier 2018, le destin politique de l’ancien président Lula. L’icône de la gauche brésilienne sera jugé en appel. Il a été condamné en première instance à neuf ans et demi de prison pour corruption. Lula est accusé d’avoir reçu un appartement en guise de pot-de-vin de la part une entreprise de BTP impliquée dans le vaste scandale de corruption Pétrobras. L’ancien métallo devenu président reste sur sa ligne de défense : il n’a rien à se reprocher.


En ce jour crucial où la justice brésilienne doit rendre sa décision en appel, Lula estime avoir la « tranquillité des innocents ». Selon l’ancien président qui est sous le coup de neufs procédures judicaires au total, c’est une affaire montée de toute pièce, un « pacte diabolique » pour l’empêcher de se représenter à la présidentielle d’octobre prochain. « La police fédérale a menti dans son enquête, le parquet a menti dans ses accusations et le juge Moro a menti dans sa condamnation », a-t-il déclaré lors d’un discours devant un parterre d’intellectuels réunis la semaine dernière à Sao Paulo. « Quand j'étais petit, j'ai connu la faim et je n'osais même pas voler une pomme. Comment aurais-je pu voler un appartement qui vaut 500 000 reais ? » (500 000 reais, c’est-à-dire environ 130 000 euros).

Un archarnement judiciaire, selon les sympathisants de Lula

Ses sympathisants dénoncent un acharnement de la justice. Et ils ont raison, en partie, estime la professeure d’histoire Armelle Enders, surtout quand on compare l’affaire avec celles qui ont éclaboussé l’équipe du président Michel Temer. « Le juge Sergio Moro l’avait convoqué et fait venir, entouré de 200 policiers. C’est une justice spectacle et humiliante et ça me mal à l’aise de voir la manière dont Lula est traité ».  Selon Armelle Enders, l’ancien président n’est pas un saint, mais les preuves contre lui sont légères : « Ce qu’on on peut reprocher à Lula est dérisoire par rapport aux accusations qui pèsent sur l’équipe au pouvoir ».

Lula en tout cas se veut combatif et il peut compter sur le soutien de ses troupes. Des milliers de sympathisants vêtus de rouge, la couleur du parti des travailleurs (PT) se sont rassemblés à Porto Alegre pour suivre sur place ce moment décisif. Pour la présidente du PT Gleisi Hoffmann, une seule décision devrait sortir du tribunal, « l’acquittement du président Lula. Il n’y a pas d’autre jugement possible que l’acquittement. Car le procès en première instance a été injuste, il n’a pas respecté les procédures légales. Nous avons bon espoir que la cour d’appel respecte la Constitution et acquitte le président ! »

Un acquittement peu probable

Si on regarde les statistiques de cette cour d’appel, le Tribunal régional fédéral (TRF4) chargé des cas de corruption autour du groupe pétrolier public Petrobras, Lula devrait se préparer au pire : par le passé, elle n’a relaxé que moins de 5% des 113 personnes condamnées par le juge Sergio Moro, chargé de l'enquête tentaculaire Lava Jato (Lavage express). Si c'est le cas aussi ce mercredi aussi, les avocats de l’ancien président disposent toutefois d’une myriade de recours – une procédure qui pourrait durer des mois, voire des années.

Lula 2018

Même condamné, Lula peut se présenter à l’élection présidentielle. Il court toutefois risque que sa candidature soit rejetée plus tard par la justice. Mais il est déterminé à se lancer dans la campagne et a déjà programmé une tournée électorale dans le sud du pays.

Cette affaire en tout cas divise le Brésil, comme le montrent les manifestations pro et anti-Lula qui se déroulent ces jours-ci un peu partout dans le pays. D’après Hervé Théry, géographe et spécialiste du Brésil, la population n’attend finalement qu’une chose, à savoir « que la situation se clarifie. Ce qui est difficile à s’imaginer c’est d’être à quelques mois d’une élection présidentielle et de n’avoir aucune idée de son issue. Lula y participera-t-il ou pas ? Quel autre candidat pourrait-il sortir du chapeau si l’ancien président était disqualifié ? Rarement une élection n’a été aussi ouverte celle-là ».

Une élection dont l’issue est en grande partie entre les mains de trois juges qui subissent une énorme pression politique. Lula caracole en tête dans les sondages. Même certains de ses adversaires politiques souhaitent qu’il puisse participer à la présidentielle. Le président conservateur Michel Temer a estimé préférer que « Lula soit battu par les urnes plutôt que par la justice », au nom de la démocratie.

Chronologie et chiffres clés