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Etats-Unis Environnement Changement climatique Donald Trump COP23

Publié le • Modifié le

[Reportage] Etats-Unis: Tangier, une île en sursis

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L'île de Tangier est promise à la disparition devant la montée des eaux. RFI/ Anne Corpet

L’île de Tangier, dans la baie de Chesapeake, à proximité de Washington, est menacée par les eaux. L’érosion, aggravée par la hausse du niveau de la mer lui font perdre chaque année quelques mètres de terrain. Mais sur l’île, la population, résolument favorable à Donald Trump, refuse de croire au réchauffement climatique.


envoyée spéciale,

Un long banc de sable s’étend dans la mer au milieu de la baie. Des poteaux électriques qui se dressent sur la fine bandelette de terre battue par les vents rappellent qu’autrefois ce lieu était habité. Le village de Canaan qui s’y trouvait a été abandonné dans les années 30, à la suite d’un ouragan. Depuis, l’îlot sombre progressivement dans les flots. Cameron Evens, dix-sept ans, nous y mène en barque depuis Tangier, et désigne l’étendue d’eau. « Autrefois, les deux îles étaient reliées, on pouvait y aller à pied », lâche-t-il en manœuvrant son embarcation à l’approche de la plage.

Sur le sable, quelques pierres tombales gisent, éparses. « Je me souviens, quand j’étais petit, il fallait marcher vers le nord pour rejoindre le cimetière qui était entouré d’un muret, raconte Cameron. Mais il n’en reste rien, c’est comme une petite ville fantôme qui disparaît. Cela pourrait être le sort de notre île. Je n’aime pas y penser, mais on finira peut-être comme ça. »

Si rien n’est fait, l’île pourrait disparaître sous les eaux d’ici une soixantaine d’années. Tangier fait moins de quatre kilomètres carrés et, selon les projections, le niveau de l’eau dans la baie pourrait monter de soixante centimètres d’ici 2050. Une condamnation certaine pour ce bout de terre strié de canaux et de marécages, qui affleure à peine au-dessus des flots.

87% des votes pour Donald Trump

Si à Tangier, chacun constate le problème, rares sont ceux qui évoquent la montée des eaux pour en expliquer la cause. Tous préfèrent parler d’érosion devant l’effritement des rivages. 87% des habitants ont voté pour Donald Trump aux dernières élections, et la majorité refuse de croire au réchauffement climatique : « Je crois qu’il y a des cycles naturels, et je ne pense pas que l’homme joue un rôle là-dedans. Le niveau des eaux fluctue, mais ne monte pas », tranche le maire, James Eskridge, pêcheur de crabes, comme l’immense majorité des 470 habitants de Tangier. Des autocollants « Trump 2020 » sont déjà sur les vitrines des quelques rares boutiques du village en prévision du prochain scrutin présidentiel. James Eskridge a eu les honneurs d’un coup de téléphone de la Maison Blanche.

« Votre île existe depuis des centaines d’années, et je crois qu’elle sera là encore pour plusieurs siècles », aurait affirmé le président américain. Mais le maire pondère : « Si aucun budget n’est dégagé pour construire une digue autour de nos terres, nous sombrerons, à cause de l’érosion. » Et James Eskridge, qui porte un tee-shirt aux couleurs de Donald Trump, ajoute : « Ce serait une bonne chose s’il pouvait venir ici pour construire un mur. On en veut bien nous de son mur ! Sinon, il nous ne restera plus qu’à prier. »

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