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Climat Etats-Unis Catastrophes naturelles

Publié le • Modifié le

Harvey: des fumées toxiques au Texas?

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Un feu sévit dans l'usine inondée du groupe français Arkema à Crosby, au Texas, le 31 août 2017. REUTERS/Adrees Latif

La polémique monte au Texas à propos de l'usine chimique d'Arkema, en proie à un incendie après le passage de l'ouragan Harvey, requalifié par la suite en tempête. Le site industriel dégage des fumées qui inquiètent. Pour certains, il pourrait s’agir de fumées très dangereuses pour la santé des populations ; pour d’autres, il n’y aurait pas de risques toxiques dans l’état actuel des choses. Regards de spécialistes de l’Institut national de l’environnement industriel et des risques (l’INERIS) de France, sur ce type d’événement.


Mise à jour : vendredi, en fin de journée, des flammes et une épaisse fumée noire s'élevait de l'usine d'Arkema. « C'est une réaction à laquelle nous nous attendions. Les mesures ont déjà été prises, la zone a été évacuée et personne n'est sur place », a commenté une employée de l'usine jointe par l'AFP.


Au nord-est de Houston aux Etats-Unis, en plein dans la zone inondée par le cyclone Harvey, dans la petite commune de Crosby (2 300 habitants) se trouve une usine chimique exploitée par le groupe français Arkema, une ancienne filiale de la division chimie du groupe Total. Cette usine produit des peroxydes organiques utilisés principalement dans les plastiques, mais ces produits doivent être impérativement conservés à -15° Celsius pour ne pas s’enflammer.

Or, l’usine qui se retrouve sous deux mètres d’eau, ne dispose plus d’électricité pour rafraîchir ses produits chimiques, car ses groupes électrogènes de secours ont également été noyés. Les explosions et les incendies qui sont devenus inéluctables ont commencé à se produire et le personnel a été entièrement évacué. Les fumées qui se dégagent déjà de l’usine et le risque de développement de cette catastrophe industrielle ont amené les autorités à mettre en place un périmètre d’évacuation des personnes de trois kilomètres autour de l’usine.

Pour l'Agence américaine de protection de l'environnement (EPA), le feu n'a pas généré « une concentration inquiétante de matériaux toxiques à l'heure actuelle ». Selon Sam Mannan, professeur d'ingénierie chimique à l'Université Texas A&M et auteur d'une étude sur les usines chimiques du Texas, l'usine d'Arkema serait l'une des plus dangereuse de l'État. Il a d’ailleurs déclaré : « Je peux comprendre pourquoi les responsables de l'entreprise n’avaient pas anticipé des inondations extrêmes. Pourtant, les dangers des produits chimiques qu'ils produisent devraient les inciter à planifier le pire. »

Pour comprendre quelle peut-être la nature du risque toxicologique, et comment ce type de menaces peut être gérée, Sylvain Chaumette, spécialiste de la prévention et de la maîtrise des risques industriels et Benjamin Truchot, spécialiste de l’incendie et des fumées liées aux incendies et leur toxicité, tous deux à l’INERIS, livrent leur expertise.

RFI : Que sait-on de ces produits peroxyde ?

Benjamin Truchot : Sur le cas particulier de l’incendie au Texas, c’est compliqué de répondre dans le sens où on n’a pas d’information sur le produit précis qui brûle. La famille des peroxydes organiques est vaste, il y a beaucoup de produits. Les premiers vont émettre du CO2 comme n’importe quel combustible, et dans la même famille des peroxydes organiques, on va trouver des produits dans lesquels il y avoir du chlore, du soufre, des quantités importantes d’azote et qui vont émettre des fumées acides, de l’acide chlorhydrique si on a du chlore par exemple.

Quelles peuvent être les conséquences pour la santé ?

B.T. : Encore une fois, cela va dépendre de la nature des produits et ce qui est émis. Mais la plupart du temps, ce sont des irritations au niveau pulmonaire avec potentiellement des dommages sur les poumons, sur les bronches et les alvéoles, pour les fumées acides. Quand on parle d’irritations sévères, il peut y avoir des effets irréversibles au niveau des bronches, des destructions d’alvéoles pulmonaires. Sur des concentrations importantes, cela va au-delà de l’irritation et ça peut être mortel à de très forte concentration… Sur les fumées, on a très rarement des effets létaux sauf effectivement à proximité immédiate du foyer.

Comment gère-t-on des émanations de fumées toxiques de ce type ?

Sylvain Chaumette : En général, on essaie de comprendre ce qui brûle et comment ça brûle pour essayer d’évaluer quelles sont les compositions de ces fumées, quelle est la quantité qui brûle, la quantité de fumée qui sort et la température de ces fumées. Plus l’incendie est fort, plus les polluants vont a priori partir haut et moins il y aura d’impact au niveau des populations riveraines. Un feu parfait va très haut et très loin, il y a peu de toxiques, c’est certes très visuel potentiellement, mais ça n’incommode grosso modo que les personnes d’intervention. C’est le cas, selon ce qui a été relayé hier par la presse : il y a eu neuf ou dix personnes d’incommodées, principalement des policiers et des pompiers, donc des gens qui se trouvaient relativement proches du sinistre.

Ce qu’on va regarder aussi, c’est le vent. Le vent peut avoir un impact non négligeable sur les fumées. Un vent très fort peu augmenter la dilution des polluants mais peut aussi rabattre la fumée sur un environnement qui peut être relativement proche. Mais on va aussi regarder s’il n’y a pas des rejets, des retombées de certains polluants qui pourraient avoir un impact beaucoup plus long dans le temps, un impact chronique. On ne connaît pas la réglementation américaine. En France, ce type de site fait l’objet d’une étude de sécurité qui est fournie aux pouvoirs publics, pour leur permettent de dimensionner les moyens et les solutions en termes d’évacuation, par exemple. Ils ont d’ailleurs fait évacuer [les populations] dans un rayon de 2,4 kilomètres.

A quoi peut servir un périmètre parfait de 2,4 km si le vent entraîne les fumées toxiques dans une même direction ?

S.C. : Déjà on ne sait pas pourquoi ils ont choisi 2,4 km… Il est probable que ces 2,4 km aient été dimensionnés sur la base d’une l’explosion potentielle des peroxydes, parce que ce périmètre a été mis en place en amont de l’explosion. Maintenant en ce qui concerne les fumées toxiques, on ne sait pas si le périmètre de 2,4 km est associé à ce risque-là. Cela nous semble bizarre mais encore une fois, ça dépend du produit…Mais il faut avoir en tête que le vent peut changer. Il faut être prudent, parce que si effectivement ils définissent uniquement un couloir associé à une vitesse de vent à l’instant T, mais que le vent bouge ne serait-ce que de quelques degrés, vous vous retrouvez avec des gens [sur cette nouvelle trajectoire] que l’on n’a pas forcément évacués … Quand on le peut, on évacue sur un cercle qui correspond normalement à la distance qui a été évaluée comme étant une distance prudente.

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