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Venezuela Nicolas Maduro

Publié le • Modifié le

Au Venezuela, un «plébiscite» qui menace de «bunkériser» encore un peu Maduro

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Lilian Tintori (t-shirt blanc au premier rang), femme du leader d'opposition Leopoldo Lopez actuellement assigné à résidence, pose parmi les partisans du couple devant chez elle à Caracas, le 10 juillet 2017. REUTERS/Andres Martinez Casares

Les Vénézuéliens sont appelés aux urnes ce dimanche 16 juillet pour un référendum convoqué par l'opposition au gouvernement de Nicolas Maduro. Ce vote, qui intervient après plus de trois mois de manifestations violentes qui ont fait près de 100 morts, est symbolique. Il s'agit de s'insurger contre la convocation par le président d'une Constituante. Mais une forte mobilisation pourrait faire trembler les chavistes.


Le scrutin du jour se tient deux semaines avant l'élection d'une Assemblée constituante convoquée par Nicolas Maduro pour réécrire la Constitution de son pays. C'est justement contre cette initiative qu'il a été organisé par l'opposition vénézuélienne, majoritaire à l'Assemblée nationale.

Les ténors de l'opposition le répètent à l'envi, ils attendent des millions de participants. Il faut une mobilisation massive pour transformer le vote en plébiscite. En décembre 2015, l'opposition avait largement remporté les législatives en rassemblant plus de 7 millions et demie d'électeurs.

Ce dimanche, les anti-chavistes espèrent faire aussi bien, voire mieux, tant la situation économique s'est dégradée depuis 2015. Certains Vénézuéliens voient une revanche dans cette initiative, après le référendum révocatoire organisé l'an dernier contre M. Maduro, qui avait été suspendu par les autorités électorales.

Le but : affaiblir le président Nicolas Maduro

« Pour ou contre l'élection du 30 juillet prochain ? » est l'une des trois questions à laquelle vont devoir répondre les électeurs, qui sont également invités à se prononcer sur le rôle des forces armées dans le pays, ainsi que sur la formation d'un gouvernement d'union nationale.

Ce vote vise à faire monter la pression, puisqu'il demande en filigrane la fin de la répression et le départ du président Maduro du pouvoir. Selon l’institut de sondages Datanalisis, près de 70 % des Vénézuéliens sont contre la Constituante et 80 % dénoncent la gestion du chef de l’Etat.

L'opposition manifeste depuis des semaines dans tout le pays. Elle voit notamment dans la convocation d'une Constituante « un coup d'Etat ». Le camp présidentiel, de son côté, assure que cette assemblée, dont l'élection est fixée au 30 juillet, « est la solution et garantira la paix ».

Cinq ex-présidents vont jouer les observateurs

Le vote de ce dimanche est symbolique, puisqu'il a été organisé sans aval ni participation du Conseil national électoral, l'instance en charge des scrutins dans le pays que l'opposition accuse de « complicité » avec le gouvernement. Néanmoins, quelque 1 600 bureaux de vote sont installés à travers le Venezuela.

Selon le président, « tout parti politique peut organiser une consultation interne ». Mais de préciser, selon notre correspondant Julien Gonzalez, que le scrutin du jour n'aura aucune valeur légale. L'opposition, pour sa part, parle de « l'acte de désobéissance civile le plus grand de l'humanité », rien de moins.

Cinq anciens présidents sud-américains font le déplacement en tant qu'observateurs internationaux pour l'occasion. L’ONU, qui s’inquiète du recours à des tribunaux militaires pour juger des manifestants, exhorte le gouvernement à laisser participer au scrutin tous ceux qui le souhaitent.

Le risque : des heurts entre pro et anti-Maduro

« Il y a de la tension, mais aussi de l'enthousiasme », témoigne Paula Vasquez, chargée de recherche au CNRS et actuellement au Venezuela. Et si le risque de heurts avec des milices pro-gouvernement est bien présent, « les gens avec qui j'ai pu parler sont prêts à le courir », indique-t-elle.

« C'est un référendum, ou plutôt c'est un plébiscite, c'est-à-dire une consultation populaire organisée par l'opposition mais dans laquelle, visiblement, beaucoup d'électeurs déçus du chavisme et en particulier mécontents avec le président Maduro vont aller se manifester », explique Mme Vasquez.

La chercheuse confie avoir ressenti une envie de participer jusque dans les milieux populaires. « La question, ajoute-t-elle, c'est de savoir s'il y aura des heurts, des violences, ou pas, dans les files d'attente entre les signataires du plébiscite et les milices violentes pro-gouvernement. »

Le scrutin de l'opposition est-il constitutionnel ?

Pour limiter la participation, les autorités de Caracas ont décidé d'organiser le même jour une répétition du vote du 30 juillet, quitte à désorienter les électeurs. Pour Paula Vasquez cependant, cette consultation populaire de l'opposition est la suite logique des trois mois de manifestations.

Surtout, insiste Mme Vasquez, le référendum de ce dimanche n'est pas illégal. « La consultation est bien prévue dans l'article 350 de la Constitution bolivarienne de 1999. Il y est dit que le peuple vénézuélien peut développer des postures de désobéissance civile ».

C'est le cas, pointe la chercheuse, « lorsque le gouvernement élu viole la Constitution ». « Et ce qui est curieux, ajoute-t-elle, c'est que cet article a été prévu par Chavez lui-même. D'une certaine manière, Chavez lui-même a donné les éléments à l'opposition d'aujourd'hui pour mettre en cause Maduro. »

→ Écouter sur RFI : Au Venezuela, l'opposition organise un référendum [Reportage]

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