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Etats-Unis Défense Espace Technologies Donald Trump

Publié le • Modifié le

Etats-Unis: la Chambre des représentants met une armée de l’espace en orbite

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Le GPS américain IIF, développé par Boeing, mis en orbite en février 2016. U.S. Air Force graphic

La Chambre des représentants américaine a approuvé vendredi 14 juillet la création d'une nouvelle branche de l'armée : le « Space Corps », ou Corps de l'espace, qui serait chargé de gérer toutes les opérations spatiales. Pour l'instant, l’administration Trump n’y est pas favorable. Dans les faits, ce corps existe déjà, mais il dépend de l’armée de l’air.


Des GI dans les étoiles ? Certainement pas pour demain. Toutefois, certaines évolutions donnent une idée de la voie qu’empruntent progressivement les Etats-Unis dans leur positionnement militaire au-delà de l'atmosphère. Aujourd’hui, cela passe par la volonté de sécuriser leurs nombreuses technologies mises en orbite.

Un projet de loi (en anglais), concocté récemment et discrètement par le comité de Défense du Congrès américain, a été validé hier par la Chambre des représentants. Concrètement, en 2019, la Défense américaine pourrait se voir élargie d’une sixième branche : le Corps de l’espace.

En réalité, le Corps de l’espace « existe déjà », rappelle l’ancien général Jean-Vincent Brisset, directeur de recherche à l’Iris : « C’est une branche de l’armée de l’air américaine. Il s’agit même d’un commandement très important : plusieurs centaines de satellites et autres moyens, près de 30 000 hommes, des armes de défense anti-missiles, et tout un tas d’équipements très lourds. »

De nombreux obstacles terrestres à l'armée spatiale

Ce que souhaiterait précisément ce comité de défense du Congrès, c’est de séparer le commandement géostratégique de l’armée de l’air, tout en l’y maintenant physiquement. Autrement dit, que la direction des opérations soit assurée de manière indépendante. « L’argument du Congrès, c’est que l’armée de l’air donne trop de priorité à ses avions et pas assez à l’espace », analyse Jean-Vincent Brisset. L'armée américaine compte déjà cinq branches: terre, marine, air, garde-côtes et corps expéditionnaire des Marines. Ce dernier est donc indépendant de la Navy (la marine américaine) et c’est sur ce modèle que serait calqué le futur Corps de l’espace, lequel bénéficierait d’une liberté d’action tout en siphonnant une part du budget de l’armée de l’air.

Cette démarche politique repose sur le constat, relevé il y a déjà plusieurs années, de l’énorme dépendance des Etats-Unis vis-à-vis de leurs technologies spatiales. Les partisans d’un tel projet mettent en avant l’importance cruciale de protéger et sécuriser leurs satellites, clés de voûte des opérations terrestres américaines : reconnaissance, écoute, guidage de missiles, communication pour établir des contacts avec les théâtres d’opérations, etc. Les systèmes GPS sont intégrés dans de nombreux équipements militaires.

Mais cette mesure ne trouve pas d’échos très favorables au-delà de la Chambre.

A commencer par le Sénat lui-même, l'autre hémisphère du Congrès. Sa version du projet de loi, qui sera présenté plus tard dans l’année, ne comprend pas l’amendement sur le Corps de l’espace. Or, les deux versions doivent correspondre pour faire loi.

De son côté, la hiérarchie de l’armée de l’air a clairement fait comprendre qu'elle ne souhaitait pas voir un pan significatif et symbolique de son armée s’émanciper de la sorte.

Réticences également au sein de la nouvelle administration Trump. On y estime par exemple qu'il n'est pas nécessaire d'alourdir la bureaucratie militaire. Quelques heures avant le vote de cet amendement – qui prend place dans une grande loi d’autorisation de la défense nationale (NDAA) -, la Maison Blanche avait jugé « prématurée » la création de cette nouvelle branche armée spatiale.

La veille du vote, le secrétaire d’Etat à la Défense, le général James Mattis, avait « fortement exhorté le Congrès à reconsidérer cette proposition d’un Corps de l’espace séparé ». « Je ne souhaite pas ajouter un service séparé qui, selon toutes probabilités, offrirait une approche plus étroite et même étriquée aux opérations spatiales », avait-il précisé. Quant à la ministre de l'Air Force, Heather Wilson, elle a fait savoir qu'elle était aussi contre cette mesure, jugeant que cela « nous ferait aller en réalité dans la mauvaise direction, nous ralentirait ».

Surenchère interstellaire

Toutefois, Donald Trump et son vice-président Mike Pence rappelaient encore fin juin tout l’intérêt qu’ils vouent à l’exploration spatiale. Sécurisée bien entendue. Un changement de position n'est donc pas à exclure.

« L’utilisation militaire et le positionnement d’armes dans l’espace sont toujours internationalement interdits, pointe Jean-Vincent Brisset. C’est la partie non autorisée de la guerre de l’espace », contrairement à celle des satellites.

Toutefois, certaines nations, Chine en tête, sont connues pour leur activisme offensif dans le domaine spatial et c’est bien ce dynamisme qui pousse les promoteurs du Space Corps à la surenchère guerrière. « Il y a eu quelques expérimentations faites en particulier par les Chinois qui sont les plus réticents à l’observation des règles internationales et qui ont déjà abattu un de leurs propres satellites (en 2007, ndlr). Les Etats-Unis ont montré qu’ils savaient le faire aussi (l’année suivante, ndlr). » Tout ceci sous couvert de recherche scientifique.

Relire : Les Américains en manque d'ennemis pour leur guerre des étoiles

A Washington, la loi sur l'autorisation de la défense nationale (NDAA), qui définit la politique militaire, et qui comprend donc cet amendement en faveur d’un Corps de l’espace détaché de l’Air, a donc été votée vendredi 14 juillet par la Chambre.

La NDAA prévoit par ailleurs jusqu'à 696 milliards de dollars de dépenses pour le ministère de la Défense en 2018. Bien plus que l’augmentation de 54 milliards annoncée par Donald Trump en février dernier.


Guerre des étoiles: et la France ?

La Défense française s’est dotée, le 1er juillet 2010, d’un commandement interarmées de l’espace (CIE). Il dépend directement de l’état-major des armées. Il n’est donc pas relié à l’armée de l’air, même s’il est commandé par un officier général issu de ce corps. Une vingtaine d’organismes de Défense s’intègrent dans la chaîne spatiale.

Le rôle du CIE est de coordonner et de commander l’emploi des capacités spatiales de la France. « Mais les opérations sont gérées par les différents utilisateurs : les gens du renseignement et les gens des transmissions en priorité », explique Jean-Vincent Brisset, chercheur à l’Iris.

Une armée dépendante des systèmes spatiaux

Le 17 mai 2016, le général Jean-Daniel Testé, commandant du CIE, était auditionné par la commission défense de l’Assemblée nationale (lire le rapport). En préambule, il indiquait quelques chiffres significatifs :

« En 2015, nous avons acquis 42 000 images de toute nature sur la surface du globe, ce qui représente environ 120 images par jour, recueillies par l’ensemble des satellites d’observation auxquels nous avons accès.

Nous avons déployé 51 stations de télécommunication par satellite, dans tous les endroits du monde où les forces françaises sont en opération.

100 % des missions que nous avons réalisées – toutes missions confondues, qu’elles soient maritimes, terrestres ou aériennes – ont utilisé le GPS.

67 % des armements que nous avons tirés l’ont été sur coordonnées, c’est-à-dire que l’objectif a été localisé sur des images satellites, et que l’armement a été dirigé au moyen d’un guidage inertiel ou GPS.

Nous devons donc reconnaître que les opérations militaires sont très largement dépendantes des systèmes spatiaux. »

Cette semaine, le gouvernement a demandé 850 millions d'euros d'économies et des « efforts » au ministère de la Défense pour l'année 2017, provoquant la colère du chef d'état-major, Pierre de Villiers, à la veille du 14-Juillet. Devant le tollé, Emmanuel Macron a sèchement recadré l'officier... tout en rehaussant le budget 2018 de l'armée française de 32,6 à 34,2 milliards d'euros.

Chronologie et chiffres clés